AÏCHA

 

AÏCHA 1


O frères d’amour ! Les femmes aux visages voilés
m’ont dérobé le sommeil.
L e cœur a mal, l’œil ouvert ;
Pour la prière je guette l’aube.

J’ai quitté Ghaicha 2 à l’ouverture des portes,
pressé de retourner au pays.
Sitôt le pied dans l’étrier,
mon cheval, rapide à mon gré, vole tel un oiseau,

Vigilant, il écourte ma solitude.
Sorti de Gossa 3 , épris de galop ,
il avale les chemins faciles.

Jamais je ne compterais avec les puissants,
par la volonté d’Allah et de mes armes.
Aïcha m’a rongé l’os, vidé de ma moelle,
l’amour m’a changé en cendres
J’organise seul les affaires, sans aide ni recours

Quel naïf découvrirait mon secret ?
Je voudrai à qui veut et serait juste,
O toi qui comprends le sens de mon chant
Mohamed est étranger dans ce pays de loups
et ne distingue pas l’ami de l’ennemi

Aucun  talisman n’efface l’écriture
et ne retarde l’inéluctable
Aicha accroit ma souffrance,
princesse du village et du pays.

La taille : étendard des nobles
un jour de grand combat,
où se succèdent par groupes les cavaliers,
amis de poudre.

Dans l’insouciance elle flâne et discrète elle regarde ;
dignité , intelligence !
Tout en soupirant d’amour.

Aîcha , taille ténue , dans le secret m’a brulé …
De grâce , Dieu le clément , épargne moi, Ô Allah

L’amour de Aîcha m’a pris,
Aicha, lèvres fines,ton amour acharné
aucun répit ne laisse.

Et frissonne le cœur , coule les larmes,
agressée ma raison fuit.

La fièvre me consume, comme aicha est loin !
Tantôt serein, tantôt orageux,et la crue engrosse mon oued ;
tantôt triste, tantôt heureux,blessé je demeure.

 

Le chagrin a vieilli ma jeunesse et je pleure à chaudes larmes.
Quand nos cœurs sont unis, l’amour appelle l’amour 4
Sans vin, ivre de son seul  amour, elle m’a blessé le cœur et les entrailles .

Je chante son nom le jour du combat
Et achève ainsi les jaloux.
Elle a défait ses cheveux ,Plumage tombé jusqu’aux hanches ;
ses sourcils encore sont deux " noun "   à l’encre.

Tes  yeux Aicha, aux longs cils maquillés                        
jettent un guerrier regard.
Roses et blanches, éclatantes ses joues altèrent la raison.
Le rouge du Tafilalet, Aïcha s’adoucit sur tes lèvres 5
exquises  et sans fard.

Ton corps blanc, chott et coupole chaulés
Qui de loin étincèlent.
L’anneau à la cheville protège ta jambe,
épée au fourreau précieux.

Aux chevilles de celle qui me tourmente,
ces anneaux s’enroulent serpents.
Le pied et son empreinte rappelle la gazelle.
Gazelle aux bonds gracieux
embellie de traits fins.

Elle sait rythmer le pas,les femmes l’entourent de partout.
Et le vent emporte ma patiente troublée.

Elle s’habille, robes de fêtes ,
couleurs bariolées cafetans et taffetas
bouclés de ceinture.

Nombreux bijoux , comme vols de pigeons
L’un l’autre se succèdent.
Gazelle entre les murs.

L’angoisse me vient au cœur
Lente et la guérison.
O Dieu Le Généreux ,apprends-moi le repos.

Elle a frappé et m’a atteint,
Elle a visé juste.
La laine filée s’emmêle :
Comment la démêler ?

 

1 Voici ce qui semble être un des derniers poêmes courtois de M.Belkheir
Pou la première fois le poete utilise le zagâl cher aux poètes andalous
( ce qui demande une grande maitrise de la langue car c’est une des rythmiques la
plus couramment utilisée dans l’amour courtois arabe ).

2 Ghaicha : vieux village non loin d’Aflou , jadis entouré de remparts.

3 Gossa : lieu connu des nomades , au sud d’El bayadh.

4 Une autre variante : « Ta date de naissance correspond à la mienne « ; le vers sonne bien
en arabe : les deux cœurs sont nés jumeaux.
Mais la version que nous retenons nous semble exacte.

5 Référence à la couleur vive de la maroquinerie du Tafilalet

 

                                                    * Rubrique en hommage à une disparue du même nom

 

 

Voir autre poème d'amour " Melha "

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Commentaires (10)

Yur  -  Sur : AÏCHA
  • 1. Yur - Sur : AÏCHA | lundi, 29 Juillet 2013

Bonsoir ami
Ben oui, entièrement d'accord !! Tout à fait logique que je ne peux me permettre le plagiat, ce à quoi renvoient la définition et les explications que vous avez présentées ; une petite déformation du sens, volontaire de ma part, qui j'espère sera sans conséquences fâcheuses pour moi !!
Mais revenant à ce poète de talent et d'exception ..., combien de consciences a-t-il éveillé, d'âmes a-t-il fait vibrer ... depuis son époque à la nôtre ?? ... Sans aucun doute nombreuses elles sont !!
Personnellement, je n'aurais peut-être jamais fait partie de ces privilégiés si je n'ai atterrit chez vous !! Chose qui vous surprendrait sûrement !! Mais que je me souvienne, ses récitals n'ont fait échos dans cette rive de notre grand pays qui permettraient d'élargir son auditoire ... ; je dirais faute de ces artistes "gouals" qui ne se manifestent pas dans les différentes occasions de cette région, qui longtemps aussi étaient absents des scènes médiatiques ... surtout de la télévision qui, à elle seule, peut avoir la "magie" de tout déclencher... !!
Que dire de plus ?? .... Eh bien, bienvenue à la nouvelle technologie, quand elle s'avère instructive !!
Saha shorkoum

Abderrahmane MOKHTARI  -  Sur : AÏCHA
  • 2. Abderrahmane MOKHTARI - Sur : AÏCHA | dimanche, 28 Juillet 2013

à mon tour je reviens sur cet espace oh!combien intéressant ,surtout quand le débat s'engage sur des bases claires et intéressantes ,je remercie notre amie internaute pour ses félicitations à mon égard sur le sujet et je commence par son affirmation: " Et pour répondre à l'appel de notre ami Abderrahmane, une issue se présente à moi "le plagiat"enrichissant quelque peu les informations déjà présentées par le webmestre que je salue pour sa patience d'être à notre écoute !!" je reprend en "donnant les explications du dictionnaire en ce qui concerne "le plagiat":
"1.Plagiat = action de plagier, de copier l'œuvre de qqn d'autre en la faisant passer pour sienne.
2. Parodie = imitation burlesque (d'une œuvre) ; caricature. Une parodie de justice.
3. Pastiche = imitation d'une œuvre ou du style d'un auteur, comportant souvent, mais non nécessairement, une intention burlesque. La Bruyère a écrit un amusant pastiche de Montaigne.
A mon sens,est "plagiat"que le texte qui a été recopié entièrement par la personne qui affirme l'avoir produit lui-même alors que ce n'est pas le sien ,il s'en est approprié malhonnêtement et dans ce cas précis le propriétaire du document est en droit de se défendre et la loi lui restitue son oeuvre et condamne celui qui a plagié.Moi,il m'arrive souvent de me trouver face à des écrits de spécialistes en la matère dont j'utilise une partie de leurs citations pour illustrer et justifier une étude que je réalise dans tel et tel domaine mais je me dois de signaler la source et l'auteur de la dite citation .Vous allez me rétorquer en me disant pourquoi avoir parlé du plagiat!je vous direz que souvent les journalistes écrivent des textes et les font accompagner d'écrits d'autres auteurs spécialistes pour illustrer ce qu'ils disent mais ils sont astreint à donner les sources et les origines des écrits qui ne sont pas les leurs.
Je trouve que vous avez réalisé pour nous une rétrospective des poètes,cheikhs et gouals de notre pays et moi j'ai appris de vous ,aujourd'hui,ce nombre important de femmes et d'hommes qui ont fait la joie de notre peuple de l'époque.Je viens de rappeler pour ce qui concerne "M'hammed Belkheir,le poète rebelle de la tribu des Rzéguèt il y avait une manière fantastique d'encourager les résistants pendant la bataille contre les français..:"en pleine bataille il évoquait le courage et la bravoure des jounouds à un point où quand un résistant perdait son m'dhel(chapeau) il revenait sur le champ le recupérer!vous voyez comment sidi M'hammed Belkheir,avait beaucoup d'initiatives et de petits astus à lui "Je
pense avoir donné mon humble avis ,je serai ravi d'apprendre la vie des résistants comme :"Si Bouziane Elkalii et bien d'autres résistants qui sont mort dans l'anonymat .
Je vous souhaite !bon appétit ! à très bientôt pour lire votre écrit! bien le bonjour aux internautes et à notre cher Si Noureddine ,à bientôt, Abderrahmane,

Yur  -  Sur : AÏCHA
  • 3. Yur - Sur : AÏCHA | mardi, 23 Juillet 2013

Saha ftourkom
Grand plaisir pour moi de revenir sur cette page qui par ce poème me fait revivre de magnifiques moments de ma vie!!
Et pour répondre à l'appel de notre ami Abderrahmane, une issue se présente à moi "le plagiat"enrichissant quelque peu les informations déjà présentées par le webmestre que je salue pour sa patience d'être à notre écoute !!
Ce grand poète fait partie des auteurs des littératures orales ancestrales qui ont fait le patrimoine littéraire national et sur ce Mohamed Ghriss dans "Le courrier d'Algérie" écrit :
"Le patrimoine littéraire national est connu pour relever essentiellement de l'oralité, à la différence de celui des civilisations scripturaires . Ce legs traditionnel du verbe, généralement anonyme est encore vivace dans les zones rurales algériennes comptant nombre de poètes s'inscrivant dans la lignée des grands chantres tels Ben Khlouf, Mostefa Ben Brahim, Aissa Djarmouni, Cheikh Hamada et bien d'autres encore à travers le territoire national.
Ainsi dans ces zones montagneuses comme les Aurès, le Djurdjura, ou encore dans les zones arides du sud algérien, où l'essentiel de cette culture traditionnel continue à se transmettre par voie orale, de génération en génération.
La littérature orale traditionnelle, caractérisée essentiellement par ses contes, légendes, récits, textures éloquentes de ses poésies clamées, chantées à l'occasion de liesses populaires de "djamâat"( regroupements) dans les souks (marchés) populaires, cérémonies de mariages ou religieuses, "ouada"(repas communautaires) , témoigne ainsi de l'âme spirituelle de toute une nation.
Elle a incontestablement servi de véritable rempart contre la désagrégation totale durant les diverses phases d'envahissements historiques et tout particulièrement durant celle de la colonisation française pendant plus d'un siècle et demi. Ce fut durant cette sombre période l'occasion encore, pour la littérature orale de se régénérer et de s'exprimer de plus belle par la voix de ses divers idiomes populaires de l'arabe dialectal, du kabyle, chaoui, mozabite, targui, zénète, bref de l'ensemble de son algérianité polylangagière . Pratiquement, de la résistance de l'Emir Abdelkader à la proclamation de novembre 1954, en passant par les insurrections d'El Mokrani et autres de Boumaâza, de Bouaâmama, des Ouled Sid Cheikh, de Lalla Fatma N Soumer, tous ces événements marquants de l'histoire contemporaine de l'Algérie ont été glorifiés et portés à la postérité par la tradition orale (poésie de Mohamed Belkheir, etc...)"
Je finis en rendant un vive hommage à tous ces ancètres poètes qui par leur don exceptionnel ont façonné un patrimoine incontestable!!

Abderrahmane MOKHTARI  -  Sur : AÏCHA
  • 4. Abderrahmane MOKHTARI - Sur : AÏCHA | vendredi, 19 Juillet 2013

bienvenus au poète guerrier,baroudeur,courageux,téméraire,exemplaire,goual,généreux,soldat,amoureux,militant de la fois et à celui qui a sillonné les terres des Traffi,des Arab Ksel et des Ouled Sid Echeikh,celui qui connu la vie de résistant,d'homme libre et aussi pendant longtemps la vie de prisonnier ,que Dieu te réserve le jardin à la vie dernière,le Firdaouss!................................................................................à bientôt ,Abderrahmane ,je prie les amis(ies)de poursuivre les méditations sur le grand M'hammed Belkheir!

visiteur  -  Sur : AÏCHA
  • 5. visiteur - Sur : AÏCHA | mercredi, 17 Juillet 2013

Hommage à ce grand poète
merci de lui avoir rendu cet hommage

Nour eddine ( webmestre Nostagie  -  Sur : AÏCHA
  • 6. Nour eddine ( webmestre Nostagie - Sur : AÏCHA | samedi, 22 Septembre 2012

Pour la petite histoire c'est le fameux et tyrannique Négrier qui décida de prendre en otage la famille de Mohamed Belkheir dont son frere M'hamed qui était âgé et malade , la détention de la famille marquera Belkheir
Après s’être rendu son frère fut aussitôt relâché
Belkheir fut reçu par l'officier de la garnison d'El-Bayadh qui lui offrit une tasse de café et lui dit " La France est une nation très puissante et reconnait le courage de ses adversaires "adversaire tu l'as été et courageux"
Nous t'offrons monts et merveilles si tu travaillais avec nous , Belkheir refusa net cette offre
Après un long silence l'officier lui dit " Si demain tu avais les moyens de poursuivre la lutte le feras tu ?"
Oui répondit Belkheir même si nous sommes seulement dix à nous battre
Cette phrase à elle seule le condamnait
A vrai dire personne ne sait combien dura la détention à Calvi ( Corse ) beaucoup témoignent qu'il y resta enfermer pendant 9 ans...

Je retiens surtout ceci de cet ancêtre dont je suis très fier :
Te souvient-il des défis , échos de défis ,
la dignité régnait à El Bayadh et au delà

Que reste t'il de tout cela ?
Triste époque qu'est la notre

Abderrahmane MOKHTARI    -   Sur : AÏCHA
  • 7. Abderrahmane MOKHTARI - Sur : AÏCHA (site web) | samedi, 22 Septembre 2012

...........................c'est terrible quand on lit l'écrit de certaines personnes on découvre sur le champ qu'ils lisent beaucoup de livres au point où ils répondent simultanément à la question posée par les internautes sur la rubrique exposée sur le site .Ici ,je vous fais remarquer la chose en lisant le poste de Si Noureddine et celui de notre amie Fatiha ,fraîchement revenue en pèlerinage, qui les deux nous rappellent ,le grand Chantre des Ouleds Sid Echeikh ,le Poète de la tribu des Rzéguèt,l'ancien prisonnier de la forteresse de Calvi en corse(déporté et emprisonné par la France ,pendant une vingtaine d'années,il est revenu à El-Bayadh,usé et malade et ne voyant presque plus)d'une part ,il y a la description du désir du poète par deux grands sociologues et islamologues et d'autre part il y a la ferveur par laquelle notre amie explique le courage du poète et son abnégation ,et la reconnaissance par Ibn Badis du Chantre qu'illustre notre amie par la citation :"Arabe est sa langue, raffinée sa poésie,exemplaire son combat"moi de mon côté ,je vous dirais simplement que ça me rappelle une citation qui est sortie du fin fond du coeur de sidi Mhammed Belkheir quant il a été maltraité par le général des territoires du sud auquel il refusa fermement d'être du côté des français avec une solde pour toute la vie et c'est là exactement que la décision fut prise de l'enfermer dans la forteresse de Calvi,alors sa fameuse boutade qu'il libéra par un cri dont voici la teneur :"Je suis seul et solitaire dans mon territoire!""Ouahdi Ghrib Fi Outtani"car il avait sur le champ supplié sa tribu pour être solidaire avec lui,mais hélas ,c'est un non!
Ici,j'ose saluer Si Noureddine pour les efforts faits de la relance de cette rubrique qui relate les richesses de notre terroir qui m'a donnée un baume au coeur et m'a beaucoup plu ! je vous dis merci,car vous me stimulez et à très bientôt les amis,et dans l'espoir de vous lire!
Abderrahmane ,cet apprenti passeur de culture ,qui vous salue!,

Nour eddine ( webmestre Nostalgie )   -   Sur : AÏCHA
  • 8. Nour eddine ( webmestre Nostalgie ) - Sur : AÏCHA | vendredi, 21 Septembre 2012

Bonjour Fatiha
De même Jacques Berque disait à propos de Mohamed Belkheir :
Belkheir Chantre du courage nomade et de l’éternel désir , nous propose sous la dicté des formes pures , un message de demain et de toujours

Emile Dermenghen disait aussi ceci :
Aucun des poètes de cette région n'a la notoriété de Sidi Belkheir , du sud oranais , chantre de l'insurrection des ouled Sid Cheikh

Fatiha  -  Sur : AÏCHA
  • 9. Fatiha - Sur : AÏCHA | vendredi, 21 Septembre 2012

Je voulais apporter un témoignage sur l'hommage rendu par Ibn Badis à Mohamed Belkheir.
Il a dit lors d'un passage à El-Bayadh en 1930 : "Arabe est sa langue, raffinée sa poésie, exemplaire son combat."
Propos dans le livre Mohamed Belkheir "Etendard interdit" publié chez Acte Sud. Boualem Bessaih en a assuré la traduction en français.

Yur  -  Sur : AÏCHA
  • 10. Yur - Sur : AÏCHA | mardi, 14 Août 2012

Que Dieu ait son âme, elle apprécierait, combien même, ces magnifiques vers ...

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