SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ

 

                                                                                                                                                     

 

SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ

LA BATAILLE DE SBAÏHI ( ENVIRONS D'EL BAYADH )

                                                                                          

Esseulé et loin de toute « civilisation » le ksar de Sbayhi coule des jours heureux, une sérénité absolue règne sur les lieux
En contrebas du vieux ksar poussent quelques jardins où l’on se grise de silence et de fraîcheur, le temps s’égrène ici lentement plus que nulle part ailleurs, une petite source jaillissant des entrailles  d’un immense rocher coule en un murmure sans fin, quelques épars trembles argentés et oliviers de  bohème garnissent les berges de l’oued, sur une feuille de dzira grande fut ma surprise et mon  émotion à la vue d‘un petit caméléon menacé d‘extinction totale ; de ce vieux ksar subsistent encore  quelques ruines en toub «  pisé » c’est ici dit on que le saint Sid el hadj Benameur a procédé à la  construction de son premier ksar dans la région et qui par la suite construisit un autre dans une autre  contrée toute proche portant son nom et d'où il s'établira pour toujours et mourra en odeur de sainteté, 
Quelques gros lézards se  prélassaient sur ces ruines, je crus bien déceler en ces ruines presque des âmes songeuses et leur aspect mélancolique déborda   aussi mon cœur.

Sur un autre versant sont à peine visibles quelques amas de pierres ce sont les restes d‘un vieux ksar des Beni Ameur qui fait face aux lointains djebel El -Orma et de Leguebar , du haut d‘une colline aux arêtes de pierre noire un grand rocher peint en vert veille sur ces contrées
c’est l’endroit qui a vu l’une des grandes batailles de la région un certain mois de juillet 1958, en effet une embuscade fut tendue aux djounoud de l’Armée
de Libération Nationale dont une grande partie était venue de l’ouest du pays, ils étaient dit- on déserteurs de l’armée Française et venaient du Maroc ,  selon une autre version ils venaient pour rejoindre leurs frères au maquis qui étaient sans cesse harcelés par l’occupant, tout au long de leur parcours , ils étaient surveillés par l’armée de l’occupation , à leur arrivée à la localité de Sbaïhi ; ils furent encerclés, s'ensuivit ensuite  des accrochages violents, ne pouvant venir à bout de ces hommes l'aviation fut appelée à la rescousse et pour en finir on les gazéifia et furent ensuite criblés de balles selon les dire que j’ai recueilli, quarante sept d‘entre eux tombèrent au champ d‘honneur non sans avoir résister avec héroïsme à une armée hyper équipée, cette bataille dura de cinq heures du matin jusqu’à la nuit tombante , trente trois autres furent fait prisonniers, quand aux pertes de l'ennemi je n'ai pu recueillir aucun chiffre étant donné que toute la région était bouclée lors de cette opération. 
Grande fût mon émotion en découvrant sur les lieux même de cette bataille des roquettes er des boites de conserves toutes rouillées
Aussi je pris la peine de penetrer dans quelques grottes entre des anfractuosités rocheuses où périrent plusieurs djounoud gazéifiés par l'armée d'occupation , rochers et arbres n'ont pas échappé eux aussi à ce massacre des plus barbares  comme en témoignent les impacts de balles et de roquettes, sur une pente escarpée on distingue une belle "botma" (térébinthe) comme sortie des entrailles de la terre, on retira de sous cette botma le corps d'autres djounoud , depuis ce temps cette botma à pris l'appellation de botmet chouhadas ( térébinthe des martyrs )

El hadja Fatna jeune mariée à cette époque et encore en vie de nos jours campait avec les siens aux environs de El Khodher petite bourgade distante de Sbaihi
d'une trentaine de kilomètres, elle dit se souvenir très bien de cette journée où tout au milieu de l’après midi ils furent surpris par un interminable ballet d'avions qui ne cessaient de déchirer ces cieux autrefois si paisibles et c'est à ce moment qu'elle et sa famille ont compris qu'il se passait quelque chose de grave
Bien des jours après leur mort tel du bétail les corps de ces martyrs furent exposés à El bayadh ex Geryville par un jour de souk à la limite du quartier de Legraba (village nègre) afin que toute la population puisse les voir et ainsi saper ainsi leur moral et dissuader toute forme de rébellion à l’avenir,

 

Peine perdue bien au contraire ça a galvanisé d’autres personnes jeunes et moins jeunes à rejoindre le maquis, cette année a vu les plus grands accrochages et batailles dans la région
Selon les affirmations de beaucoup de gens qui avaient approché de près ces martyrs au lieu d‘une odeur de corps en décomposition leurs corps sentaient très bon. 
Ils avaient tout au plus dix sept à quarante ans pour les plus âgés d'entre eux , de ce souk en ébullition fusaient de toute part les youyous des femmes en l'honneur de ces jeunes hommes qui se sont sacrifiés pour la patrie

Témpignage de Moulay Belhachemi ex djoundi de l'ALN à qui j'ai rendu visite au lieu dit : El-Meguessem non loin de Sbaïhi en juin j015 

Autre témoignage que j'ai recueilli auprès d'El hadj Belhachemi Moulay djoundi et témoin
vivant de cette bataille, selon lui ces djounoud étaient  au fait affectés dans la région et furent cantonnés provisoirement dans la région de Sbaïhi en attendant leur affectation,   malheureusement leur présence fut signalée aux troupes de l’occupation, des renforts énormes venus d’El bayadh et d’Ain Sefra furent dépêchés sur les lieux et à la nuit tombante toute la région était bouclée au petit matin l’ordre fut donner d’attaquer ces hommes, ces  derniers résistèrent avec force et détermination ; comme ils ne pouvaient venir à bout de ces djounoud l’aviation fut appelée en  rescousse sans résultat d’ailleurs, aussi  l’ordre fut donner de les gazéifier.                      
Les quelques rares habitants de Sbaïhi furent étonnés de voir un épais brouillard de

fumée envelopper toute la colline qui dominait le petit hameau de Sbaïhi

D'après Si El hadj Belhachemi c'est au petit matin que les armes commençaient à tonner, bien après le siège de ces hommes qui dura deux jours et deux nuits, cent vingt personnes furent retirées de sous les décombres , quatre vingt corps furent enterrés à la hâte par les gens du village dans cette colline qui les a vu mourir en héros, quarante autres furent emportés et exhibés par l'occupant à El bayadh par jour de souk.
Des ouled sid el hadj venus prêter main forte à leurs frères trois tombèrent au champ d'honneur à savoir:
- Abdel Ali Lahcen ( mort à l'âge de quarante cinq ans )
- Moulay laaradj ( mort à l'âge de quarante ans)
- Mahboubi Abdelkader bounouacha

Bien plus tard m'a rapporté si Belhachemi une section sous la conduite de feu le moudjahed Nour El Bachir est venue prêter main forte à ces hommes, peine perdue tout était fini et l'occupant avait déjà levé le camp
De ce massacre on comptait seulement quatre survivants dont un djoundi qui a trouvé refuge à l'oued situé juste en contre bas et ne doit son salut qu'à quelques roseaux qui poussaient au milieu de l'oued
A la fin de son récit El hadj Belhachemi semblait contenir difficilement ses larmes et du haut de ses quatre vingt six ans il vit encore dans la région de Sbaihi au lieu dit "El Megssem", à quelques encablures du ksar de sid El Hadj Benameur , il tient et vit d'un petit troupeau d'ovins secondé par ces deux fils et n'a jamais voulu quitter ces grands espaces où chaque montagne , colline et monticules sont arrosés du sang des martyrs.  

NB/ La question que je me pose et qui me taraude l'ésprit : Avion-nous été à la hauteur de tous ces sacrifices ?
J'en doute fortement       
Et comme me l'a répété si Moulay Belhachemi ; Eux ils ont accompli leur devoir par contre nous "khali El bir beghtah " comme stipulé par un dicton de chez nous 

 

                                                                                                                                  Par Noureddine Toumi
                                                                                                                             Le mercredi 11 juin 2014

                                                                              Photos prises le 1 1 juin 2014 sur les lieux même où se déroula cette grande bataille 
                                                                         Si la musique ne dèmarre pas automatiquement, cliquez sur PAY du lecteur ci dessous

LES LIEUX DE LA BATAILLE VUS AVEC MON APPAREIL PHOTO  

 

 

 

 

 

 
 
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Commentaires (11)

René- Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 1. René- Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mardi, 18 juin 2024
Cher ami,
Comme à chaque fois, j'ai été séduit par les paysages parfois inattendus(verdure, arbres fruitiers),mais ce qui m'a profondément bouleversé c'est le récit de la bataille de Sbaühi en 1958 et les témoignages des survivants.
Ouï, l'aviation avec ses bombardiersT6(qui effrayaient les habitants) et au sol, les mitrailleuses déchiquetaient les djounouds.
Quand ceux-ci résistaient, le napalm était projeté pour les carboniser.
J'ai mesuré, lors des opérations, la force, la conviction, l'audace incroyable de vos libérateurs.
Les éclats d'acier que vous avez retrouvés attestent de cet épisode sanglant.
Bien cordialement
Noureddine - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 2. Noureddine - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mercredi, 12 juin 2024
El hadja Fatna des ouled sid El Hadj que j'ai connu est décédée deux ans après ce reportage et plus exactement en avril 2016
Son feu mari Nour Ahmed était un moudjahid et a eu la jambe coupée après avoir sauté sur une mine du côté de Aïn Sefra
Paix à leurs âmes
Raymond -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 3. Raymond - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | dimanche, 01 janvier 2023
J'ai le souvenir de ce lieu que vous m'aviez indiqué alors que vous me faisiez découvrir ce pays des Ouleds sid El Hadj Ben Amer. Pays de gens héroïques. Pays de grandeur. Merci Noureddine !
Les paysages, la musique sont superbes !
Abdelhamid Bessaïh -  Sur : Sur la route des ouled sid el Hadj
  • 4. Abdelhamid Bessaïh - Sur : Sur la route des ouled sid el Hadj | jeudi, 23 mai 2019
Bonjour cher ami,
Je découvre enfin ton beau récit et les magnifiques photos de ton pèlerinage sur les terres des Ouled Sid El-Hadj, témoins des batailles et sacrifices pour l'indépendance du pays. L'évocation de cette période et de cet accrochage entre armée coloniale et combattants de l'ALN, encerclés, massacrés au napalm et exposés au marché à bestiaux d'El-Bayadh (Géryville à l'époque) évoque en moi une tristesse infinie et une inoubliable peine, car j'ai été témoin avec mes yeux d'enfant d'une telle scène macabre atroce; ils étaient tous alignés et semblaient morts de morts naturelles, mais je garde l'image traumatisante d'au moins un Moudjahid dont un véhicule avait écrasé la tête. L'odeur des cadavres n'y était pas, mais une odeur acre de sang régnait autour de ces pauvres gars sacrifiés dans la fleure de l'âge pour une cause juste et dont malheureusement l'occupant français ne saisissait pas la pertinence, ce qui aurait pu nous éviter tant de drames et de déchirures. Je ne sais pas si c'est lors de la bataille de 57 dont tu as recueilli les témoignages, ou une autre plus tard, car il y en a eu une grande en 58 ou 59 et les maquisards tués étaient chaque fois exposés de la même manière sur le marché à bestiaux; quand il n'y avait qu'un ou deux, un charretier était réquisitionné pour trimbaler le ou les cadavre dans toutes les rues de la ville. Je ne pense pas que nos jeunes vont tout oublier comme Monsieur Tahri le pense avec une légitime amertume, car en effet il y a eu une amnésie, mais cela n'est pas que de leur faute et ce que la jeunesse actuelle et une très grande majorité du peuple sont en train de réaliser sur le plan du recouvrement de notre histoire, de notre dignité et de notre avenir est dans la ligne de ce à quoi aspiraient nos héros de la libération de l'Algérie.
Je tiens à dire que ce que j'évoque n'entraîne aucun esprit revanchard ou de haine vis a vis des Français et encore moins de ceux et celles qui sont nos amis ici ou ailleurs. Cette attitude je la tient surtout de mon père qui a été un résistant torturé et emprisonné jusqu'à l'indépendance et qui nous a jamais parlé de ses actes, ni décrit ce qu'il a enduré en prison et encore moins enseigné la haine des français; comme beaucoup de ses semblables, probablement seul l'indépendance comptait à la fin!
Je n'ai malheureusement pas pu visionner la vidéo de ton entretien avec le témoin.
Merci Noureddine
Saha ftourkoum et bonne continuation
Avec mes amitié
Hortense  -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 5. Hortense - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | jeudi, 17 juillet 2014
Salam,

J'ai compris très jeune que le paradis existait sur terre,et que le bonheur aussi.
Je m'évadais durant des heures dans les champs de blé avec d'autres enfants pour gambader chanter à tue tete ,pour cueillir toutes sortes de fleurs,et rentrer heureux .
Tout cela me manque énormément aujourd'hui,voilà pourquoi la vue virtuelle d'un
paysage m'amène au calme mental,à la sérénité.

Beaucoup de malades(physiquement ou psychiquement) se rétablissent dès qu'ils se remettent en contact avec cette généreuse nature.
Il suffit de se laisser vivre,c'est elle qui se charge de nous désintoxiquer,nous purifier,nous
régénérer,elle rétablit l'horloge biologique détraquée par trop d'artificiel,elle nous offre une cure de jouvence en mot.
Meskellil  -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 6. Meskellil - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mardi, 15 juillet 2014
M. Noureddine bonsoir,

Magnifiques paysages ! Que de fleurs et que de variétés ! On a envie de faire comme ces lézards (comment les appelle-t-on ?) Juste « lézarder ». Se laisser prendre par la magie de ces immenses espaces déserts et silencieux, aux si belles couleurs ! S’imprégner de cette atmosphère paisible, sereine ! Tendre l’oreille, écouter le clapotis d’une eau cristalline, entendre le bourdonnement d’une abeille, le bruissement des feuilles, et au détour d’un rocher, tomber sur une tortue ! Ouvrir le cœur, l’esprit pour accueillir cette nature, se laisser accueillir par elle, apprendre à la connaître, apprendre d’elle, apprendre avec elle, à son rythme à elle, et prendre le temps, se laisser le temps…

Merci beaucoup M. Noureddine, c’est un détour enchanteur, vraiment ! Merci aussi d’avoir sorti ces héros d’hier de l’oubli Allah yarham echouhada, wa Allah itouel fi 3omr ceux qui ont pu en témoigner. Merci encore de partager ces merveilleux et précieux espaces avec nous. Puissent-ils rester toujours tels qu’ils sont !
Noureddine (webmestre Nostalgie)  -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 7. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mardi, 15 juillet 2014
Effectivement l'amie c'est un grenadier en fleurs, ils poussent très bien dans la région;l"autre arbuste à la couleur jaune poussin c'est le R'tem ( Genet ) de la famille des fabacées, chez nous on distingue deux spécimen l'un à fleurs jaunes l'autre à fleurs blanches minuscules en forme de petites clochettes
Le majestueux arbre c'est le btoum'( térébinthe) c'est mon arbre fétiche et préféré
Saha ftourkoum
@Tahri Tahar
Ya khouya on a affaire à une nouvelle génération " danonisée" jusqu'à la moelle
Hortense  -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 8. Hortense - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mardi, 15 juillet 2014
Bonsoir Mr Noureddine,

Il me semble avoir reconnu un grenadier en fleurs ou je délire?
J'aurai apprécié quelques noms d'espèces végétariennes ,comme le majestueux arbre
ou l'autre tout en fleurs!
Merci pour cette évasion virtuelle mais bénéfique pour le mental.
TAHRI TAHAR  -  Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ
  • 9. TAHRI TAHAR - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ | mardi, 15 juillet 2014
Essalem âalaykoum ya akhi
Afin que nul n'oublie!
Je tiens à te remercier comme je te l'ai écrit dans mon premier post: Tu es notre mémoire et notre cordon ombilicale.
Les générations précédentes et la notre ont gardé ce qui les a les motivé à garder l'ALGERIE souveraine mais je crains que celles qui viennent après nous soient trop proche de nos ennemis de par la culture et l'éducation qu'ils reçoivent. Ils sont devenus consommateurs sans être producteurs et donc dépendants de de nos ennemis.
Merci à toi.
TAHRI Tahar, le frère de tous les Bayyidhis, le fils de Géryville.
أحمد  -  Sur: SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ...
  • 10. أحمد - Sur: SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ... | lundi, 07 juillet 2014
اشكرك جزيل الشكرمرة أخي تومي على هذه الصفحة التي عرفتنا من خلالها على بطولاة اجدادنا
بارك الله فكم مرة أخرى على هذا العمل آخكم أحمد
أحمد  - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ...
  • 11. أحمد - Sur : SUR LA ROUTE DES OULED SID EL HADJ... | samedi, 14 juin 2014
شكرا على هذا العمل المميز وعلى هذه الصور الرائعة
أخكم أحمد مع كل التقدير والاحترام

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