FATNA

 

                                                                                                                            FATNA

 

Amour violent venu de loin
D’abord caché puis révélé.
Visage de l’aimée, flammes vives,
Feu d’amour sans traces ni empreintes 1.

Tantôt présent, tantôt absent,
Seul l’homme parfait pourra me blâmer.
Mon compagnon, l’ami, le chevalier El-Bacham 2,
Tombe de mes secrets, je l’ai enterré.

Cet homme, trésor caché, distingué parmi les hommes.
L’amour appelle la rencontre et les retrouvailles consolent.
L’amitié n’est pas éphémère : pour elle on tue ou on meurt.
Qui pleure sans larmes a le cœur sec,
Qui fuit ne revient pas contraint,

Qui chasse sans gerfaut n’obtient rien ;
Qui prêche sans écho en vain parle
Ainsi est la vie : vainqueur et vaincu.
Je préféré digne mort à vie déshonorée,

La terre tourne, les heures changent,
Aucun seigneur hormis Dieu ne demeure.
Long est le jour des adieux, attirante la douceur.

Qui est à Gossa est loin de Bessem .
Longue distance me sépare de la bien aimée !
En deux jours j’en couvrirai quatre,
Chevauchant de l’aube au coucher
Sur une monture nourrie d’avoine fraiche.

D’elle j’ai reçu un message, femme de bonne renommée
Elle me dit : « ne sois pas triste, ne me reproche rien,
Si Dieu veut, bientôt je te servirai, toi qui est loin « 
Elle a gardé cœur généreux, parole tendre,
Telle une femme de son rang.

De peur du châtiment et des reproches,
Elle n’a trouvé alibi pour me voir.
Quel taleb peut apaiser mon mal ?
L’étendard d’un groupe d’assaillants m’a terrassé.

Quand viendra l’heure du repentir, chacun se lèvera
Devant les anges et l’enfant messager.
Elle traine le pas, colombe gaie, flânant sans être cible,
Robe tout soie ceinte d’or, tapis précieux riche d’éclats

Sœur de l’astre, le soir elle est lumière.
Et sa clarté fond les ténèbres.
Cheveux d’ébène doux plumage,
Autruches que le galop disperse.

Yeux noirs, trésor : eux yeux limpides au fin tracé,
Éclairs peut-être dessous les cils
Tranchant qui les affronte.

Gloire à Dieu maitre des formes
Qui, par eux noun,  calligraphie les sourcils 3.
le juge sait qui l’emportera des deux parties en conflit 4.

Amis assistez le poète par votre clémence,
Seul le frère en souffrance peut alléger l’angoisse !
Fatna, Fattûm, tu m’as brisé.

Je t’adjure par qui lit planches et livres 5.
Ô Dieu ! ne m’en veux pas pour mes péchés .
Toi l’omniscient, à toute porte tu as clef.

Rien, apparence ou secret ne t’échappe.
Au Kreider, je n’ai point à faire 6,
J’y suis venu contraint et non en voyageur.
Le chott est marché vide sans vendeur ni crieur ;
Partout le désert, parfois quelque attroupement.
Point ‘herbe dans cette hamada, source de vents,

Ni blé, ni arbres : rien que poussière et désolation.
Mon cousin et moi, hommes de bien,
Sommes passés seuls par ce col maudit.

J’attendrai, le vent tournera,
L’angoisse quittera le cœur de l’assoiffé  
Tantôt généreuse, tantôt rude , infidèle est la vie.

A l’heure de joie succèdent les heures de peine.
Ne troque pas l’amitié, ne sois pas fourbe :
Tu commanderais aux brigands

Cheveux noués, à présent coulent sur se épaules,
Soyeux tel un tapis précieux
Le large front défie l’astre par sa clarté

Comme l’aube lorsqu’elle pointe ;
Les sourcils sont deux noun
Inscrits à l’encre par-dessous les pommettes roses ;
Les yeux, fusil à double gâchette,

Pour un tireur d’élite in conciliant et irascible
Un croisé d’éclairs brisant le ciel
quand elle soulève la paupière droite
Dans son regard,
Je ne trouve nom à mes braises et à ma joie 7 .

Douce ou terrible, son nez demeure l’harmonie.
Le bijou qui résonne à sa cheville teinte dans mon cœur
Ahmed mon ami, je suis fragile et quête un abri,
Loin es sons qui m’ont blessé.
Ce jour là, Mohamed s’en est allé, écorché à jamais

Trésor verrouillé dont je cherche la clef,
Au péril de ma vie je te ravirai

 

 

 

                    1 - une autre variante existe : " sans traces ni tatouages" selon une vieille tradition du sud aujourd'hui en voie de disparition, l'amoureux
                         se faisait tatouer au bras par exemple pour marquer son attachement à la bien aimée, parfois même celle ci l'ignore.Il s'agit soit d(un
                         signe, soit de l'initiale  soit du prénom entier. Belkheir, lui, s’accommode mieux du symbole du feu  

                     2 - le cousin du poète

                     3 - Lettre n de l'alphabet : référence à sa graphie : ن

                     4 - Ce vers nous suggère trois hypothèses : s'agissant de justice et d'amour, le poète peut vouloir affirmer que la beauté prime la justice, ces
                           yeux sont des yeux de juge , donc un jugement perspicace, il peut s'agir également 'un vers appartenant à une autre pièce, ou d'un vers
                           surajouté par la transmission orale

                      5- Planche en bois sur laquelle on apprend l'écriture et les versets coraniques

                      6- Le kreider est un village à 120 kms au sud d'El bayadh  sur la route de Saida.Dans un paysage de désolation accentué par la secheresse
                           et le vent chaud , d'où l'angoisse du poète,
                         

                      7- La première variante indiquait "braises"ce qui ne manque ni e poésie ni de saveur mais un vieillard me dit un jour, alors que je le lui lisais: 
                           "ne déforme pas le poème, il s'agit de braises et de joies.C'est un contraste que le poète a voulu relever puisqu'il y a chagrin et joie, colère et
                           douceur, femme tantôt paisible tantôt violente, comme un guerrier"

 

 

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Commentaires (1)

yur  -  Sur : FATNA
  • 1. yur - Sur : FATNA | jeudi, 17 Juillet 2014

Ma gni fique !!

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