L' EPOPEE D'UNE TRIBU - LES J'RAMNA

L’EPOPEE UNE TRIBU

LES J’RAMNA

Le 4 septembre 1928, un arrêté du Gouverneur Général de l'Algérie réintégrait dans la Tribu des Ouled Ziad Cheraga, appartenant à la Confédération des Traffi, la fraction J’ramna qui l'avait abandonnée quarante huit ans plus tôt pour se lancer dans une étonnante aventure.

Celle-ci, selon l'humeur du lecteur apparaîtra comme une sorte de western saharien au cours duquel une tribu nomade s'enfonce de plus en plus dans le désert pour sauvegarder sa liberté, avant de revenir, après un long périple, sur les terres de ses ancêtres ; ou bien il trouvera matière à tragédie grecque et se remémorera Ulysse et ses compagnons fuyant devant la colère d'Héra.

Soyons plus précis et examinons ce qui conduisit les J’ramna à assassiner un officier français, le 21 avril 1881, puis à gagner successivement le Sud-Marocain, la région d'El-Goléa, le Gourara, le Touat, Aoulef, les Touareg Ajjer, Ghadamès, le Fezzan, pour finalement revenir aux environs d'El Abiod Sidi Cheikh, en passant par le Sud Tunisien et les régions d'Ouargla et d'El Goléa.

En 1881, le Sud Oranais échappait encore au contrôle de l'administration française. On trouvait bien un Bureau Arabe à Géryville, mais son influence ne dépassait guère soixante kilomètres à la ronde.

Les postes de Méchéria, Ain Sefra,du Khreider, n'existaient pas. Une maigre garnison de disciplinaires de la Légion occupait le bordj de Sfissifa ; son rôle politique était nul. On ne disposait que d'une seule piste carrossable reliant Géryville à Saïda. Tous les transports se faisaient encore à dos de chameau.

Dans ces immenses étendues, les tribus vivaient comme elles avaient vécu à l'époque turque, estimant, l'impôt payé, pouvoir agir à leur guise.

Or, ces tribus étaient loin d'être paisibles. Sous la conduite de leurs Chefs

religieux, les Ouled Sidi Cheikh, elles s'étaient révoltées en 1864 ; et si la majorité

d'entr'elles, dont les J’ramna, était rentrée en 1866, quelques familles étaient

encore en dissidence sur les confins Algéro-Marocains ou dans l'Extrême Sud (1.)

 

  1. Cette Confédération maraboutique était divisée en deux tribus ; les Ouled Sidi Cheikh Cheraga, vivant en territoire Algérien et les Ouled Sidi Cheikh Gheraba, placés

 

Les contacts fréquents avec ces insoumis entretenaient un esprit de rebellion

larvé qui n'attendait que l'occasion pour s'affirmer par les armes.

A partir de l878, une série d'incidents caractéristiques se produisait.

D'abord, le jeune Si Hamza, héritier direct de la baraka des Ouled Sidi Cheikh, qui

venait de rentrer dans les territoires contrôlés par l'administration française,

s'évadait vers les confins Algéro-Marocains. Ensuite, à l'annonce de l'établissement

d'une voie ferrée à travers leurs territoires, les Traffï bloquaient à Tyout la

mission d'étude du Transsaharien qui devait rebrousser chemin devant l'hostilité

des tribus.

Mais surtout l'action d'un jeune marabout, Bou Amama, allait raviver les vieilles espérances. Ce saint personnage, né vers 1838/40, était d'origine très modeste. Il appartenait aux Ouled Sidi Taj, fraction des Ouled Sidi Cheikh Gharaba. Son grand-père avait joui, cependant, d'un certain prestige religieux. En 1875, il se fixait à Moghar, en territoire algérien où sa piété le fit remarquer. En 1878, il y fondait une zaouïa et commençait, selon l'usage, à envoyer des missionnaires dans les tribus.

Poursuivait-il un but religieux ou un but politique ?

Les renseignements recueillis sont contradictoires car les événements qu'il déclencha servirent de prétexte à polémique dans la presse algérienne. Le parti civil en fît un agitateur sans scrupule, le parti militaire un honnête marabout qui aurait mal tourné (2.)

De toutes façons, c'était jouer avec le feu et cette prédication religieuse glissa

rapidement à l'appel à la révolte.

L'administration militaire signalait bien le danger mais le Gouverneur Général,Albert Grevy, avait proclamé en 1879 que "l'ère des insurrections était close" et il lui était difficile de se déjuger en organisant une expédition dans le Sud-Oranais. Bou Amama put ainsi développer en toute tranquilité son action. Ses moqqadem avaient reçu un excellent accueil chez les Traffi et particulièrement chez les J’ramna des Ouled Ziad (3.) Un de ces derniers, Tayeb el Jermani, avait même été chargé d'aller à son tour porter la bonne parole chez Ouled Addou du Cercle de Tiaret.

 

Au début de 1881, cependant, les renseignements affluent rapportant l'immi

nence d'un soulèvement. Le 3 mars, 1 1 familles d'Ouled Sidi Cheikh Gharaba,

entrées en territoire algérien en 1877, vont rejoindre Bou Amama. Survient, le 13,

l'annonce du massacre de la Mission Flatters qu'apporte un Chambaa d'Ouargla.

Le 6 avril, le Bachaga de Frenda, Si Ahmed Ouled Cadi, dont la loyauté est

connue, annonce que Bou Amama a envoyé des émissaires dans les tribus pour

prêcher la guerre sainte.

Cette fois, on s'inquiète en haut lieu, d'autant que la prochaine campagne de

Tunisie a vidé l'Oranie de ses troupes (4,) On convoque les Caïds pour les inviter à

secouer leur torpeur et ordre est donné aux Officiers des Bureaux Arabes d'arrêter

en tribu les émissaires du Marabout.

Dans le Cercle de Géryville, l'attention se porte sur la fraction des Jramna

dont les deux chefs Eddin ben Mohammed et Dahmane ben Cheikh sont acquis à

2. Ces deux positions sont représentées par :

— Bezy,

— Commandant Graulle

 

3. Les Djeramna se composaient de 2 sous-fractions :

— Djeramna proprement dits

— Djeramna El Aouachir.

 

4. Les opérations commencent le 24 avril 1881.

 

Bou Amama et dont est originaire le moqqadem Tayeb el Djeramni. L'opération

est délicate et il est certain que l'envoi d'officiers sans troupes au milieu de tribus

en semi rebellion frise l'inconscience (5.) Pour comble de malchance, Géryville n'a

sous la main qu'un jeune sous-lieutenant, affecté depuis peu aux affaires arabes,

ne connaissant pas les réactions des nomades. Aussi, avant d'être envoyé le

S/Lieutenant Weinbrenner est-il longuement chapitré. On lui adjoint un maréchal

des logis confirmé, Lakhdar Ould bou Arfa et trois spahis. Pour plus de sûreté,

son chef lui demande d'agir en liaison étroite avec le Caïd de la tribu.

Malheureusement, rien n'y fera. Weinbrenner, esclave de la consigne, exige la

livraison d'Eddin et de Dahmane, Tayeb étant encore chez les Ouled Addou.

Ceux-ci font mine d'accepter et alors que l'officier et ses spahis goûtent aux

dattes et au lait du repas de réconciliation, ils sont assaillis par leurs hôtes. Eddin

assomme Weinbrenner ; deux spahis sont tués, le maréchal des logis et le Cald des

Ouled Ziad Cheraga, qui avait rejoint l'officier, sont blessés mais parviendront à

s'enfuir.

Il est assez difficile d'expliquer l'attitude des  J’ramna en l'occurence.

D'abord les circonstances du meurtre. On ne tue pas un hôte à qui l'on offre le

lait et les dattes. On attend au moins qu'il ait quitté le campement.

D'autre part, cette initiative n'est pas conforme aux plans des conspirateurs.

Il est certain que Bou Amama n'envisageait pas de soulèvement avant que les

récoltes ne soient rentrées, c'est-à-dire, la fin mai. Cette erreur le contraindra à

piller en automne les silos de tribus sympathisantes, les rendant aussitôt hostiles à

sa cause.

Ce fut, pensons-nous, un concours de hasards malheureux : inexpérience de

Weinbrenner qui choque les J’ramna, (6) exhaltation religieuse de ces derniers et

refus des deux chefs d'être arrêtés avant le déclanchement de la révolte qu'ils

appellent de tous leurs voeux.

Toujours est-il que sitôt les cadavres dépouillés, on rassembla les troupeaux,

on démonta les tentes et bientôt J’ramna et J’ramna Aouachir, en une longue

caravane, s'enfoncèrent vers l'Est, La grande aventure commençait.

Dans l'esprit des J’ramna, leur action devait être le signal de la grande

insurrection victorieuse, aussi se dirigèrent-ils vers les Harrar du Cercle de Tiaret,

qu'avait "travaillés" leur contribute, Tayeb el Djeramni. Mais ces derniers gardèrent

une attitude expectative. Seuls, les Ouled Addou qui hébergeaient Si Tayeb les

suivirent. Ils se dirigèrent alors vers le sud pour rejoindre Bou Amama.

Nous n'avons pas à faire ici l'historique de ce que l'on a appelé la révolte de

Bou Amama. Disons en gros que les responsables militaires, du fait des départs de

troupes pour la Tunisie, ne purent tout d'abord opposer aux insurgés que des

goum assez indécis. Peu à peu, la situation s'améliora. Les trois incursions de

Bou Amama dans les zones soumises firent long feu. Mais il put assurer le

 

5. Ce fut au moins l'opinion des intéressés.

6. C'est ainsi qu'il avait déchiré le rideau séparant la partie réservée aux femmes dans la tente de Tayeb el Jermani pour voir si ce dernier ne s'y cachait pas.

 

 

journal de route à la date du 21 janvier 1886 l'apparition de quelques J’ramna :

"Encore une alerte. Six hommes des Ouled Boudouïa et des J’ramna sont venus

s'installer à 2 km à l'est de Semotals". .

Ainsi, la mort du Lieutenant Palat se trouve liée, elle aussi, au destin des J’ramna, bien qu'ils n'aient été certainement pour rien dans cette affaire.

L'Administration française venait d'intimer entre temps à Si Kaddour l'ordre

d'accompagner le Lieutenant Palat et de se séparer des tentes J’ramna, sur qui

pesait toujours l'assassinat de 1881. Pour Palat, il était trop tard. Mais pour les J’ramna il lui convenait de prendre une décision.

Il est difficile de savoir quelle fut la réaction intime de Si Kaddour. On doit simplement constater, à partir de mars, une remontée des tentes J’ramna vers le nord. Etait-ce l'effet de l'ordre de Si Kaddour ? Etait-ce la reprise d'un traditionriel  mouvement d'estivage, légèrement anticipé, vu les circonstances ? Toujours est-il que cette incursion, en ordre dispersé, vers le nord fut, pour les J’ramna, l'occasion de constater que l'administration française n'avait pas oublié le meurtre de 1881.

En effet, peu après, cinq tentes de J’ramna qui s'étaient jointes aux troupeaux des Saïd Otba, d'Ouargla, étaient enlevées par le Makhzen de Ghardaîa.

Deux tentes pouvaient s'échapper grâce à la complicité des Chambaa Brezga, mais

les trois chefs de tente restant : Bou Hafs ben el Arbi, Naïmi ben Cheikh et Larbi

Ould Mohammed furent envoyés en Corse, au pénitencier de Calvi

Un sort analogue failli être celui des neuf tentes J’ramna campées au début mai entre Sbei et Hassi Bou Zid. Comme cette zone dépendait de la Division d'Oran, le Makhzen de Ghardafa demanda l'autorisation au Gouverneur énéral,par télégramme du 11 mai, de procéder au coup de main. Mais le Gouverneur crut à son tour devoir prendre l'avis d'Oran. D'où un échange de télégrammes relevant de la pure tradition courtelinesque. Finalement le 17 mai, latitude était donnée à Ghardaîa d'enlever le campement à condition de s'assurer auparavant qu'il ne renfermait que des J’ramna. Le temps de s'en assurer, les J’ramna avaient évidemment décampé

Finalement, il semble que les J’ramna ainsi dispersés se regroupèrent autour de Si Kaddour, qui venait à son tour en estivage dans le nord, mais en restant à une ertaine distance pour sauver les apparences. Ainsi, en juin, un informateur décompte 52 tentes J’ramna à proximité des 169 tentes du campement de Si Kaddour

D'autres détails fournis par lui permettent de constater l'état de pauvreté où sont tombés les J’ramna. Ils n'ont, avec un groupe de Chambaa dissidents, que 80 chameaux et 6 chevaux.

Cette situation allait durer encore un mois.

Finalement par dépêche du 15 juillet, Si Kaddour était avisé que les subsides qui lui étaient versés depuis l'accord de 1883 seraient bloqués tant que les J’ramna resteraient avec lui.

Si Kaddour fut certainement sensible à cette menace, mais il semble qu'il ait surtout cédé aux pressions des Ouled Hamza ralliés. Ceux-ci avaient vite compris que les autorités françaises ne pouvaient passer l'éponge sur le meurtre de Weinbrenner étant donné l'exploitation politique faite de la révolte de Bou Amama par le parti des "civils".

D'autre part, toute compromission entre les Ouled Sidi Cheikh et les J’ramna empêchait l'aboutissement du grand projet que l'on caressait depuis longtemps à Alger, et dont les Ouled Sidi Cheikh ne pouvaient que profiter. Il s'agissait, en effet, d'utiliser l'influence des Ouled Sidi Cheikh dans certaines zones sahariennes pour amener les populations locales à se rallier à la France. Cela se traduisait par l'accroissement des Commandements, des dignités, des subsides et le rétablissement de la situation matérielle des Ouled Hamza, ruinés par la révolte de

1864.

Si Eddin, frère rallié de Si Kaddour, avait déjà proposé en octobre 1885, de capturer les J’ramna, alors qu'ils étaient au Touat. Estimant que l'opération présentait plus d'inconvénients que d'avantages, Alger refusa. En 1886, Si Eddin renouvelait sa proposition et suggérait, au cas où elle ne serait pas retenue, que l'on intime fermement à Si Kaddour l'ordre de les chasser. Ce dernier, pour son

honneur, mit assez longtemps à se décider et ce n'est qu'en octobre qu'il leva ses

campements d'Hassi bou Zid pour l'Oued Gharbi, tandis que les J’ramna

s'enfonçaient dans le Gourara (20.)

Le problème de l'avenir se posait désormais pour eux et pour eux seuls.

Qu'allaient-ils devenir ?

Ils ne pouvaient revenir sur leurs anciens territoires contrôlés par la France.

Le Gourara et le Touat, soumis aux Ouled Sidi Cheikh leurs étaient également

interdits, à . l'exception peut-être de la zone de Deldoul qui reconnaissait

Bou Amama. Mais leurs rapports avec ce dernier étaient, semble-t-il, médiocres

depuis 1 882. Il n'était pas non plus question de passer au Maroc. Les Ouled Djerir

et les Doui Menia n'oubliaient pas les razzia de 1882-1883. Les Chambaa d'autre

part étaient trop divisés entr'eux pour offrir longtemps un refuge. Ils étaient enfin

dans l'orbe religieux des Ouled Sidi Cheikh.

Tout bien pesé, les J’ramna résolurent d'aller à Deldoul chez Bou Amama.

Mais pour certains, ce n'était qu'une solution provisoire. Déjà en octobre, ils envisageaient une solution beaucoup plus radicale, l'émigration chez les Touaregs.

Pourquoi les Touaregs ? Parce que dans tout le Sahara les Touaregs sont alors les seuls à apparaître comme les adversaires irréconciliables des Français. Le massacre de la mission Flatters a soulevé l'enthousiasme des irréductibles, d'autant plus qu'il a été présenté comme l'extermination d'une armée française. Ce ne sont pas, d'autre part, des inconnus. Des caravanes touarègues viennent assez régulieremen au

 

20. Lettre du 1/11/1886. - Si Kaddour fera d'ailleurs toujours preuve de la plus

grande réserve vis-à-vis des autorités françaises. Il continuera de protéger les J’ramna Aouachir et devra attendre plusieurs années le rétablissement de sa subvention

 

Touat pour s'approvisionner en dattes, vendre des escla ves,etc ... Seuls ils échappent à l'influence religieuse des Ouled Sid-Cheikh qui rend les Chambaa douteux et les Ksouriens hostiles.

Il semble cependant certain que si les J’ramna avaient pu s'entendre avec Bou Amama, la tribu (car ils forment désormais une tribu indépendante) serait

restée dans le Gourara de Deldoul. Il n'en fut rien. Fin novembre, une partie des

J’ramna quittait Deldoul pour se rendre au Touat par Sali et Bou Ali . Les

autres restaient autour de Bou Amama, faute de mieux. Le bruit courait cepen

dant qu'ils comptaient se rendre ultérieurement en Tripolitaine en se joignant à la

caravane des pèlerins de La Mecque. Les mois passèrent. Puis en juin 1887, la

majeure partie de la tribu allait se regrouper dans le Touat méridionnal à l'appel

du Cheikh d'In Salah, Si El Hadj Abd-el-Kader Bajouda. Ce dernier apparaissait,

au même titre que les Touaregs, comme un adversaire irréconciliable de la

France .

Bien que la chose n'ait pas été prouvée, il est à peu près certain qu'il avait été l'instigateur de l'assassinat du Lieutenant Palat en 1886. Il est évident que cet

appel s'inscrivait dans une politique de défense de l'oasis contre une attaque

française. Or, les J’ramna ne tenaient pas du tout à se voir confronté aux armées françaises, se doutant bien qu'ils feraient toujours les frais de l'accord final.

C'est à cette époque, dans le Touat méridional, que fut prise la grande décision : le passage chez les Touaregs, dont on discutait depuis plusieurs mois, fut approuvé par la majorité, mais non par la totalité des J’ramna. Ce départ n'était pas une petite affaire. Sans parler des fatigues du voyage, c'était l'entrée dans un monde saharien, bien différent de celui qu'ils connaissaient. La langue, les moeurs, les races n'étaient plus les mêmes. Aussi est-il naturel que ceux des J’ramna qui se jugeaient les moins compromis vis-à-vis de l'autorité française, et en particulier, les J’ramna el Aouachir, aient renoncé au saut dans l'inconnu et décidé de rester sous la protection lointaine de Si Kaddour. C'est ainsi que les rapports de 1887 et 1888 continueront de mentionner la présence de quelques tentes J’ramna autour de lui. Celles-ci finirent d'ailleurs par rentrer sur leur ancien territoire, l'aman ayant été accordé, mais les Autorités françaises, par prudence, les rattachèrent non à leur ancienne Tribu, les Ouled Ziad Cheraga, mais aux Ouled Sidi Bou Hafs .

Certains, enfin, préférèrent tenter leur chance individuellement sur les confins

algéro-marocains, avec Bou Amama. En 1889, un J’ramna figure dans un rezzou

de dissidents Chambaa conduit par le fameux Bou Khechba qui, parti de Tabelkoza, dans le Gourara, enlève sur la piste Ghadamès-Ghat, un convoi de

chameaux fezzanais conduit par des Touaregs Ajjer. On capturera, en décembre

 

1896, un jeune J’ramni dont les parents avaient rejoint Si Slimane. Son cas fera l'objet d'un examen approfondi, mais il échappera au pénitencier étant donné qu'il n'avait que cinq ans lors de l'assassinat de Weinbrenner.

De toutes façons, le départ pour le Sahara oriental n'était pas une petite affaire. Il convenait en particulier d'avoir un cheptel camelin suffisant. Or, nous avons vu que celui des J’ramna était des plus médiocres. On peut donc supposer qu'ils firent le nécessaire pour se procurer les animaux indispensables en les prenant où ils les trouvaient. La tradition orale des J’ramna, recueillie par le Lieutenant de Bruce, lors de leur retour en 1926, semble confirmer la chose .

D'après celle-ci, ils furent "très mal accueillis par les gens du bas Touat où ils ne

restèrent que deux mois, parlant en maîtres et razziant à l'occasion". On peut

penser que la région d'Aoulef eut spécialement à souffrir de leurs exactions. Puis,

leur caravane constituée, les j’ramna prirent la piste de Messeguem, avec, comme

but lointain, l'oasis de Témassinine

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