NOS ANCETRES LES ARABES II

 

De Lacy Oleary, Historien disait :« L'histoire est claire sur ce point: la légende des musulmans fanatiques

s'abattant sur le monde, imposant l'Islam,à la pointe de l'épée, aux peuples vaincus est un des plus fantastiques

et absurdes mythes que les historiens ont pu répéter. »

                                                      Aux carrefours de l'Islam, page 28- (Ed. originale Islam at crossroads, Londres 1923, p.8)
 
«Pendant les premiers temps de l'islam, la moralité des Arabes fut plus élevée que celle de tous les autres

peuples vivant alors,.... Leur justice, leur modération, leur bienveillance et leur tolérance à l'égard des peuples

vaincus, le respect de leurs engagements, leur caractère chevaleresque, sont frappants et contrastent

étrangement avec la conduite des autres peuples, notamment avec celle des Européens, à l'époque des croisades.»

                                                      Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes.
 

 
Une civilisation urbaine
Le découpage en « ordres » observé en Europe occidentale à la même époque,n’a pas existé dans les pays sous dominance musulmane.

C’est principalement une civilisation des villes,et ce que nous en connaissons met encore plus en lumière ce caractère,car

les gens qui ont écrit étaient des citadins,et ne s’intéressant pas ou peu,à ce qui se passait dans les campagnes.L’avènement et le développement de cette civilisation conduisent à l’apparition de métropoles régionales parfois très peuplées,comme Damas en

Syrie,Bagdad en Irak, Kairouan en Tunisie ou Cordoue en Espagne.
Curieusement,ce ne sont pas toujours de grandes cités anciennes (par exemple Alexandrie) qui ont gonflé démesurément.

Ce sont parfois des bourgades,des villes modestes,ou d’autres encore tout à fait nouvelles.
D’où vient cet accroissement de la population ? Sans négliger l’effet de la démographie propre à ces cités,l’apport essentiel

semble provenir des campagnes,par une sorte d’aspiration dont les causes sont à la fois économiques et sociales :déplacements

consécutifs à l’existence d’emplois dans les villes,attrait d’une vie urbaine plus agréable,etc. Tout cela est classique dans l’histoire.

Il y a aussi ce que l’on pourrait appeler l’ « effet capitale ». Ces métropoles régionales ont attiré les gens parce que les pouvoirs y résidaient,ce qui favorisait l’éclosion et le développement d’un certain nombre d’activités intéressant les différentes élites de ces villes.

Ce phénomène a été important car,à côté de Bagdad,la capitale califale des Abbassides,il y avait une bonne douzaine de

métropoles régionales qui s’étaient constituées et qui fonctionnaient à l’image de Bagdad.En plus des villes qui viennent

d’être citées,il faudrait ajouter Ispahan en Perse,Le Caire en Egypte et Samarcande en Asie centrale.La population de ces

villes est très bigarrée, très diverse,pas toujours structurée ; ce qui posera parfois des problèmes sérieux aux dirigeants

parce que, à certaines époques, les dangers potentiels d’explosion sociale seront élevés.A côté de cela, existaient des couches

stables, parfois très anciennes, comme celle des marchands,qui s’est considérablement structurée tout en se différenciant.

Il y avait  aussi des couches plus récentes et souvent en expansion : fonctionnaires de l’administration,de la justice ou des

services financiers, enseignants, théologiens,hommes de lettre ou de religion, etc.
A partir du IXe siècle se constitue une couche spécifique d’intellectuels (ou de lettrés si l’on préfère).

On la connaît relativement bien parce qu’elle a une consommation particulière, qui est celle des livres.Le nombre d’ouvrages

publiés dans le cadre de la civilisation arabo-musulmane a été important, compte tenu évidemment des techniques de l’époque.

L’utilisation du papier, selon une technique importée de Chine, a facilité les choses. Les boutiques de libraires ouvertes à tout

public se multiplient.
Dès le IXe siècle, on s’est mis à produire plusieurs sortes de livres : manuels pour l’enseignement à tirage assez élevé, oeuvres littéraires,oeuvres poétiques,livres religieux de toute sorte(copie du Coran et du Hadith,exégèses, ouvrages théologiques…),

livres scientifiques. Pour prendre l’exemple des publications scientifiques de l’époque, on constate qu’il y en avait de toute sorte :

manuels de base, ouvrages consacrés à une discipline, ouvrages théoriques, commentaires, manuels d’application.
On sait que des corporations ont existé,avec des ouvriers,des maîtres artisans, des chefs de corporation, des associations plus

ou moins secrètes… Le compagnonnage a sans doute existé aussi.
 
 
LES SCIENCES EN PAYS D’ISLAM
Cette civilisation, dont nous voulons étudier la science et son importance dans la constitution des mouvements

du XIXe siècle issus de la Renaissance, a été conditionnée et dominée par cette troisième religion monothéiste

révélée qu’est l’Islam.

Il est donc nécessaire de nous pencher sur les caractéristiques de cette religion et sur les rapports qu’elle a

entretenus avec lamédecine et les activités scientifiques.

 

                   Corpus islamique

Ce corpus est constitué,en premier lieu, du Coran ,le Livre sacré des musulmans, composé de cent quatorze chapitres,

divisés en soixante sections dont le nombre de versets varie de trois à deux cent quatre-vingt-six.Si l’on tient compte de la

chronologie de la révélation de ces versets,on peut les classer en deux grandes catégories : les versets révélés durant le séjour

du Prophète à la Mecque, et ceux qui l’ont été à Médine, à partir de 622.
C’est dans cette seconde catégorie que l’on trouve les éléments fondamentaux concernant la gestion de la future cité islamique.
Le second texte est le Hadith (Propos).Il est constitué par l’ensemble des paroles,des actes et des comportements attribués à Muhammad.Lorsque les juristes et les théologiens auront à résoudre certains problèmes de la cité qui n’ont pas leur solution dans

le Coran,ils se tourneront naturellement vers le Hadith et procéderont par analogie pour trouver la solution qui leur paraîtra la plus conforme à leur compréhension des principes de l’Islam.
A l’origine,le Coran était récité.Quand il avait la révélation du message divin,le Prophète le récitait à ses proches compagnons,

lesquels le mémorisaient et  l’écrivaient sur des supports rudimentaires (le papier n’existait pas encore).

Certains de ses compagnons se sont d’ailleurs ultérieurement spécialisés dans cette mémorisation et dans sa restitution.

La retranscription a donc été très rapide,tout du moins oralement.Cela étant,les compagnons concernés étaient relativement

nombreux. La langue utilisée-l’arabe-était surtout parlée.
  L’étude de ce corpus – qu’il nous faut bien qualifier de scientifique du fait de sa méthodologie – a permis à cette civilisation

d’inaugurer de nouvelles activités de recherche avant même le début des traductions.C’est ce qui nous autorise à parler,à la

suite des bibliographes arabes, de « science de l’exégèse du Coran » et de«science de Hadith », même si cela paraît quelque peu

incongru aux lecteurs habitués à réserver le mot « science » à certaines activités intellectuelles.
 

 

La mise du Coran par écrit à l'époque du Prophète Mouhammad
Sur l'ordre du Prophète Mouhammad,les scribes mirent le Coran par écrit sur des lambeaux de parchemin,des peaux

d'animaux,des os et des pierres.Les divers fragments révélés,sans être assemblés dans un seul livre,furent mis en ordre selon

la révélation de Dieu.D'autre part,quelques compagnons écrivirent pour eux-mêmes des parties et des sourates du coran qu'ils

avaient apprises par cœur du Prophète .
 
La mise du Coran par écrit à l'époque de Aboû Bakr As-Siddîq  
Chargé par 'Aboû Bakr As-Siddîq et conseillé par Oumar ibn Al-Khattâb, Zayd ibn Thâbit rassembla le Coran en un seul livre.

Pour atteindre cet objectif,il se référa aux manuscrits déjà écrits par les scribes du Prophète.
 
  La mise du Coran par écrit à l'époque de  `Uthmân ibn Affân
Le premier manuscrit du Coran assemblé en un seul volume fut écritconformément  à l'exemplaire rassemblé par Aboû Bakr et

conservé chez Hafsa bint Oumar.Pour mettre fin aux désaccords(Les différences ne se trouvent pas au niveau du sens, ni des mots.

C'était quelques différences de prononciation qui sont toutes justes.Le coran a ses règles de prononciation et la langue arabe

qui était plus riche à l'époque (il y a plus de 14 siècles)fait que certains mots puissent être prononcés de différentes manières sans

que cela ne change quoi que ce soit au sens des mots),les copistes prirent en considération les différentes lectures.

Les personnes chargées de cette mission furent : Zayd ibn Thâbit,Abd-Allâh ibn Az-Zoubayr,Sa`îd ibn Al-`Âs et Abd Ar-Rahmân ibn Al-Hârith ibn Hichâm.Cette copie était dépourvue de signes diacritiques.Outhmân garda pour lui-même un exemplaire et expédia

les autres copies aux métropoles islamiques.(Pour mieux expliquer:un compagnon Hudhayfah ibn Al-Yaman remarqua,sous le

califat de Uthman,troisième calife (644 - 656),que les peuples des régions,actuellement,de Syrie et d'Irak se disputaient sur les

différentes prononciations de certains mots du Coran,tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d'Arabie ne

savaient pas bien prononcer les mots du Coran. Le calife `Uthman percevant les risques de division,décide alors d'officialiser un

type unique de prononciation de l'arabe du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport

aux autres.
Ainsi il demande à Hafsa de lui faire parvenir son manuscrit du Coran.Il fait préparer alors plusieurs copies (mus'haf) en utilisant la prononciation du prophète Mouhammad.Cette tâche fut confiée à Zaid ibn Thabit, Abdullah ibn Az-Zubair, Sa‘id ibn As-‘As,et Abdur

Rahman ibn Harith ibn Hisham.)
Les copies du Coran écrites de nos jours suivraient toujours mot pour mot et lettre pour lettre cette prononciation.

L'écriture(la police)utilisée est une écriture nommée « ar-rasm al-uthmanî».Quelques-unes de ces copies anciennes existeraient

encore aujourd'hui,l'une se trouverait à Istanbul (Turquie),l'autre à Tachkent (Ouzbékistan).
 

Les gens équitables attestèrent de l’extrême précision de la compilation du Coran et de la véridicité et de la rigueur de sa transmission.

L’orientaliste anglais Sir William Muir dit : "Le Coran de par son contenu et son ordre exprime avec force la précision de sa compilation.Les diverses parties furent assemblées d’une manière extrêmement simple et sans afféterie. On ne trouve pas dans cette compilation l’empreinte d’une main qui aurait apporté un talent ou un ordre. Elle témoigne de la foi du compilateur et son dévouement pour ce qu’il compile car il n’a pas osé faire plus que de prendre ces versets sacrés et les mettre les uns à la suite des autres."

                                                                       As-Siddîq Abû Bakr de Mohammad Husayn Haykal, p. 332.
 
«Les prescriptions morales du Coran sont excellentes. La charité, la bienfaisance,l'hospitalité, la modération dans les désirs,la fidélité à la parole donnée, l'amour du prochain, le respect des parents, la protection des veuves et des orphelins, et même, la recommandation plusieurs fois répétée de rendre le bien pour le mal, y sont enseignés.»

                                                                      Gustave Le Bon (1884)- La civilisation des Arabes.

Le troisième calife,Uthman,a jugé,une vingtaine d’années après la mort du Prophète,qu’il était nécessaire de trancher et de

fixer définitivement le texte du Coran.Il a donc réuni une sorte de commission qui a retenu sept lectures acceptées du texte.

Le Coran une fois stabilisé,les intellectuels arabes ont persisté dans l’analyse critique des textes et le débat a continué à propos

du Hadith.
C'était l’apparition d’une activité nouvelle,consistant à authentifier les éléments du corpus de base de l’Islam.Cette pratique va se développer,à partir de la deuxième moitié du VIIe siècle,selon des critères de plus en plus rigoureux.On va ainsi comparer les

relations orales, procéder par induction,par analogie,faire référence aux faits reconnus,recouper les témoignages,etc.Bref,une

démarche tout à fait rationnelle dans son principe,assez semblable à celle que peuvent utiliser les historiens actuels pour

authentifier des textes.On peut considérer,et je pense,sans risque de se tromper,que ces débats,ces travaux,en particulier ceux

qui ont été menés autour de la validation du message du Prophète,ont,du fait de leur dimension critique et du souci de la recherche

de critère de vérification qui les a caractérisés,contribué à créer un état d’esprit scientifique.Ils ont également fondé tout un

corpus intellectuel rationnel qui a préludé à l’essor ultérieur de la science arabe.
C’est là, semble-t-il, le véritable point de départ de la tradition scientifique arabe,et ce bien avant le mouvement de traduction

des oeuvres grecques et indiennes,mouvement que l’on considère souvent à tort comme l’unique origine
de cette tradition scientifique.

               Les textes sacrés et la science

Dans les textes fondamentaux et dans le Coran lui-même,il existe de nombreux passages favorables à la science et des incitations à la recherche.Il faut savoir,par exemple,que le mot « science » et les mots ou expressions qui en
découlent (comme savant, etc…) interviennent plus de 400 fois dans le Coran.
Parmi les versets qui sont explicitement en faveur de la science, il y a celui-ci :
« Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science(1) » ; ou celui-ci : « Seigneur, accorde moi plus de science (2)».
 (1) Sourate 58, verset 11
(2)Sourate 20, verset 114
 
On attribue également au Prophète des propos sans ambiguïté en faveur des sciences et des savants. Parmi les plus cités : « Cherchez la science même en Chine »,« La quête de la science est un devoir pour tout musulman », « Les anges poseront leurs ailes sur celui qui recherche la science en signe de satisfaction pour ce qu’il fait » ou « Le savant surpasse le dévot comme la Lune, au moment de la pleine Lune, surpasse les autres astres ».
S’élevant contre le traditionalisme aveugle en matière de croyance et de savoir, l’Islam, religion tendue vers la preuve et la démonstration, devient alors de ce fait et à ce titre,religion de certitude.
Le Prophète disait aussi :«Une heure accomplie par un savant allongé sur son lit et révisant son savoir est meilleure que les prières d’un dévot durant soixante ans » et dans le même ordre d’idées, «Peu de savoir vaut mieux que beaucoup de culte»,ou encore « La science est plus méritoire que la prière » et enfin « Un seul homme de science a plus d’emprise sur le démon qu’un millier de dévots ». D’où la déférence du Prophète à l’égard des savants, comme en témoignent encore ces « Propos » :« La fréquentation des savants est un acte de piété »,«Les meilleures des créatures vivantes sont les savants »,«Traiter avec égards et reconnaissance la Science et les Savants,c’est vénérer Dieu », et enfin « Les savants sont les héritiers des prophètes dont le seul patrimoine légué au monde est précisément la Science ».
  Il est facile de saisir dans ces conditions comment et pourquoi l’instruction et la recherche de la connaissance sont devenues une obligation fondamentale pour tout musulman.
Le Prophète libérait ses prisonniers de guerre sans rançon,s’ils apprenaient à lire et à écrire à dix musulmans.Il aimait répéter aussi que :« Assister au cours d’un savant vaut mieux que se prosterner mille fois dans les prières ou assister à mille funérailles ». Et à la question :« Est-ce préférable à la lecture du Coran ? »,
il répondra, « le Coran, profite-t-il sans la science ? ».
Enfin : « L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr ».

 

 



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