PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ

  

 

PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ

  Je m’étais promis dans une précédente rubrique de ne plus jamais retourner sur les lieux,
  mais la tentation de revoir ces lieux tant aimés fut plus forte.
  Les grandes plaines de Bent el khass et de sidi Abdallah et un peu plus au sud vers Metlili
  semblent livides et ont un air d’infinie tristesse , ne subsistent presque plus de traces de
  rtem (genêts) et de beguel sur de grandes surfaces c'étaient les principales plantes qui
  peuplaient ces immenses platitudes désertiques, et étaient les seules capables à freiner
  l'avancée des sables et à protéger cet écosystème o combien fragile, tout n’est que désolation
  et à la moindre tempête de sable toute la région en subit les conséquences en raison
de ce tapis végétal qui a été décimé , si  Mohamed un petit éleveur que j’avais rencontré par hasard aux gours de sidi Abdallah
ne pouvait contenir sa rage à voir ces nouveaux colons débarquer dans la région aussi bien ceux de l’extérieur que de l’intérieur
par l'entremise des banques de "l'état" qui leur ont été grandes ouvertes sans garantie aucune, ces soi-disant fermes ont été
installées sur des terres d’arouch (tribus) appartenant à l’origine à la grande tribu des ouled sid Cheikh et des Jramna une fraction
des ouled Ziad, tribus durement  réprimées lors de la révolte de 1864 par l’armée coloniale

Ces terres ont toujours été occupées par ces communautés d’éleveurs et exploitées depuis des siècles par ces tribus
et même d’autres tribus venant  d’El Menea et de Metlili liées à la région par des liens tribaux très anciens qui en
période de sécheresse venaient paître leurs moutons, nos imminents chevaliers d’en haut spécialistes de
l’improvisation déroutent nos regards des vrais problèmes et surtout de ce qui se trame dans les cercles obscures sur
la privatisation des terres et plus particulièrement celles du sud car sur l’autre versant en allant vers El abiodh sid
cheikh d’autres immenses surfaces ont été concédées aux sujets du golfe et même du côté d’el Bnoud où d'immenses
surfaces ont été cédées à ces prédateurs

Bien des nomades sont aux abois et ne savent à quel saint se vouer à l’image de si larbi,si Mohamed une pensée au petit prince qui verront leur horizon illimité où règne et vit la splendide et la souveraine lumière du désert qu’on ne voit nulle part ailleurs au monde se verront un de ces jours confinés dans des réserves comme le furent les pauvres indiens d’Amérique, eux qui parcouraient de longues distances et étaient libres comme le vent et sinon dans le meilleur des cas ces nomades se verront contraints d'émigrer vers des hamadas pierreuses et désolées: une mort lente en quelque sorte et à petit feu, ajouter à cela la perte de la biodiversité et du couvert végétal qui vont accélérer ce massacre, cette  anthropisation conduira inéluctablement à la mort rapide de ces zones déjà si fragiles. 
Ces Amerloques qui viennent nous fourrer leur "savoir faire" et pourtant ils ont connu une effarante catastrophe au Midwest entre 1930 et 1939 suite au bouleversement d'un ecosystème engendré par leurs propres mains, lire à ce propos le livre de John. Steinbeck: les raisins de la colère

L’état à travers ses supplétifs voraces prennent prétexte de la situation déshéritée de ces populations pour enfoncer le clou de la privatisation rampante de ces terres qui ne sont pas les leurs et a mis à exécution ces projets machiavéliques au profit de ces nouveaux colons à qui on a livré ces terres de nos ancêtres avec des complicités de quelques véreux "élus" de la région traitres et malléables à merveille, un véritable gâchis pour cet environnement déjà aux abois, la boucle a été bouclée avec la construction d’une nouvelle ville auprès de sites historiques (gour de bent el khass) ce qui engendrera un va et vient incessant vers ces lieux qui devraient être plutôt protégés en raison de leur fragilité

Les ressources en eau du barrage de larouia et autres nappes profondes destinées en priorité aux hommes et à leurs
bêtes vont être détournées par un seul groupe d'hommes d’affaires voraces et sans scrupules, une eau précieuse qui
se verra vite tarie avec tout cet arrosage intensif vu les immenses surfaces livrées à ces nouveaux corps étrangers
à cette région.
L'effet boomerang se fait déjà sentir concernant le barrage de larouia en raison d'un pompage effréné suite à l'installation
de ces fermes sans compter son envasement dont personne ne s'en soucie, ajouter à cela les pluies qui se font rares très
rares même et pour compléter ce tableau lugubre presque aucune goutte de pluie n'a été enregistrée depuis janvier dernier
Ceci va limiter drastiquement la capacité et donc la durée d’exploitation de ce magnifique barrage où l'on constate quel-
-ques nouvelles colonies d'oiseaux qui se sont installées

Après la destruction de la faune par les sujets du golfe qui se prennent pour les maitres des lieux ajouter à cela les
braconniers de l'interieur c'est au tour de la destruction de tout un ecosystème et le plus grave sous l'oeil complice
de toute une peuplade, peuplade qui se verra khamassines* des nouveaux maitres des lieux, rares sont les voix qui
se sont élevées contre ce vol et ce massacre à grande échelle, voix qui ont vite été étouffées par des menaces et
même pire que ça

Quand les gnous que nous sommes se réveilleront d'ici quelques années (cinq à six ans) nous n'aurons plus assez de
larmes pour pleurer devant le spectacle hallucinant qui s'offrira à nos yeux, l'experience de la plaine de Abadla
(Bechar) et de Gassi Touil (grand erg oriental), oeuvre même de ces Amerloques est encore vivace , les sols ont vite
rendu l'âme et sont devenus infertiles et ni vu ni connu, quoi qu'à l'époque le périmètre de Abadla avait pour vocation
première avant tout de venir en aide et d'offrir ces terres aux déshérités et non à des étrangers et à des hommes d'affaires
du privé dont les désseins sont tout autres, l'avenir le confirmera

Et comme le stipule un adage de notre région qui dit: "Ma aândi la tagua ouala rfagua" c'est à dire: "je n'ai ni force ni
compagnons sûrs sur qui compter" afin de contrer vos projets sataniques
Puisse « laânet » (malediction) de Dieu tout puissant et celle de tous les saints qui peuplaient cette région sans compter
ceux qui se sont sacrifiés pour cette terre vous disperser de ces lieux bénis

                                                                    Allez vous-en! 

* khamassines: esclaves

 

                               LES LIEUX VUS AVEC MON APPAREIL PHOTO
                                 AVANT LE TSUNAMI DEVASTATEUR 

                                      Le présent album comporte 73 photos
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                      NB/ Utilisez vos enceintes acoustiques pour couter "la musique d'accompagnement

 

 
 

 

 

 

Commentaires (5)

hassiba -  Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ
  • 1. hassiba - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ | vendredi, 02 Février 2018
Une réalité très triste..malheureusement , notre pays est violé et volé sous nos regards..impuissants , devant la complicité des uns et l'impuissance des autres..prions pour ces lieux..merci pour tout ce que vous faites..
Abdelhamid Bessaïh -  Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ
  • 2. Abdelhamid Bessaïh - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ | dimanche, 19 Novembre 2017
Bonjour Noureddine,
Notre âme bédouine et l'appel des vastes plaines et du désert sont pus forts que toutes les peines et obstacles infligés et dressés par les hommes avides de possessions et de pouvoirs, mais dépourvu de sagesse et d'humanisme. Les paysages désertiques sont encore beaux et mystérieux, autant que de véritables oeuvres d'art de la nature, hélas fragile et condamnée à court terme comme tu l'as constaté. Certes il y a "l'avant et l'après" et la tristesse transparait à travers le reportage courageux que tu as réalisé et accompagné d'un plaidoyer pour dresser le bilan de la catastrophe écologique et sociale et dénoncer les irresponsables qui en sont les auteurs! Ton parallèle avec le roman et également film "les raisins de la colère" est parfaitement exacte. On peu dire avec toi "Pleure Oh pays bien aimé" et aussi , pleurez nomades, animaux, végétations et paysages féériques.
Il faudrait qu'un maximum de citoyens puissent découvrir ces reportages et se rendre compte des menaces sur les hommes et l'écosystème.
Avec tous mes encouragements et mon amitié.
Bruno - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ
  • 3. Bruno - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ | samedi, 18 Novembre 2017
Cher ami,c'est avec émotion que je contemple ces si belles photos d'une Nature magnifique,étonnante,dans la lumière,avec l'humanité des personnes,des visages,le foyer ,le chameau ..Merci de votre volonté de garder mémoire de ces lieux si menacés.,
Demouron -  Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ
  • 4. Demouron - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ (site web) | vendredi, 17 Novembre 2017
Que dire ? Que c'est une chronique d'une mort annoncée ? La bêtise et la cupidité des hommes n'aura jamais de fin puisque depuis des siècles, l'expérience des anciens ne sert à rien, et que les hommes répètent invariablement les erreurs destructrices de leurs propres environnements.
Je suis désolée de voir çà, et je comprend votre immense désarroi, votre grande peine, et votre fureur devant ces tristes et révoltants évènements.
Vos photos seront la preuve du grand désastre qui va suivre. Triste constat.
Toute mon amitié vous accompagne dans ces bien douloureuses circonstances.
Mijo
Jean -  Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ
  • 5. Jean - Sur : PLEURE Ô PAYS BIEN AIMÉ | vendredi, 17 Novembre 2017
Cher ami Noureddine,
Merci d'avoir succombé à la tentation de revoir ces lieux tant aimés et de nous avoir partagé ces magnifiques photos. Le petit prince parait bien songeur quant à leur avenir bien menacé!
Comme vous le dite hélas: "Pleure, oh mon pays bien aimé"
Bien cordialement avec vous.
Jean.

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