LA GARA D'EMBARKA BENT EL KHASS I

 

 

LES GOUR D'EMBARKA BENT EL KHASS

  Les gouvernements, pour résoudre le soi-disant problème du sous-développement
  des nomades, veulent leur sédentarisation ; autrement dit, leur mort mentale.
   La liberté n’est pas aimée.
   Parqués, ils seront neutralisés, étouffés. 
                                 Théodore Monod
                                           L e chercheur d'absolu

                                                                                                             

                             J'y suis retourné après deux ans d'absence par dépit tellement les lieux avaient changé mais sans que je le sache le plus terrible
                             était à venir, jamais je n'aurais cru que la bête immonde puisse étendre ses tentacules jusqu'à ces lieux reculés, je pris soin de
                             partir tôt le matin pour contempler les lieux en solo comme toujours pour m'imprégner de ces lieux magiques, à mon arrivée je
                              fus accueilli par un bruit assourdissant de machines endiablées qui violaient ces contrées jadis si paisibles, je fus abasourdi par
                              l'énorme superficie  accordée aux nouveaux arrivants, toutes les plantes propres à ces espaces ont été rasées, d'immenses
                              genêts gisaient sur le sol et bien d'autres plantes endémiques, c'était un spectacle macabre, cette flore était la seule capable à
                              mettre un frein à l'avancée des sables, c'est tout l'écosystème de cette région déjà si fragile qui va être bouleverser sans compter
                              les dommages terribles que vont subir les nomades pasteurs qui voient la surface de leur pâturage réduite presque à néant, j'ai
                              bien peur qu'ils connaitront la fin tragique qu'ont connu les indiens d'Amérique et se verront cloitrer dans des réserves
                              Que dire ?
                              Quoi faire ?
                              Un dicton nomade bien de chez nous dit; "la tagua oula rfagua" c'est à dire je n'ai ni force ni des compagnons sur qui compter

                                                         Bienvenue à Monsanto et à toutes ces saletés............et merci à nos apprentis sorciers
                                                                                        décideurs pour ce cadeau empoisonné                                                                                             

                                                        Contre la religion du profit, nous devons opposer la religion de la beauté, son pain vivant,
                                                        son eau vive - Théodore Monod

                                                                                                    Laissons plutôt place au rêve

          LA LEGENDE D'EMBARKA BENT EL KHASS

  Il y avait autrefois, disent les vieillards , plusieurs groupes de puits sur l'Oued-Seggar ;
  il y en avait jusqu'au pied des erg* ; mais ils ont tous été comblés pour rendre les
  approches du pays difficiles aux ennemis, Touareg, Chaamba, Douï-Meneï, en menace
  constante contre les populations qui l'habitaient.
  Aujourd'hui , quand les ghedir* sont secs , la première eau que l'on trouve en venant du
  Sud, est à Sid-el-Hadj -eddine ou à Brezina.
  Rien dans le Sahara de plus grandiose que ces trois Gour  qui s'élèvent à pic, à cent mètres
  de haut, semblables aux ruines de quelques palais de géants.
  L'œil est ébloui et la pensée reste confondue devant cet admirable phénomène géologique.
  D'où viennent ces immenses cubes de terre rouge et solide ? 
  Les plaines sahariennes furent-elles autrefois à leur niveau et sont-ils là pour indiquer aux
hommes l'action lente du temps et des eaux ou la puissance de celui qui, dans un cataclysme, les maintient debout , quand
tout s'affaisse autour d'eux ?
Un jour , peut-être , on trouvera la solution de ce problème , et ces incroyables formations sahariennes seront expliquées.
Pour moi , je me contentai d'admirer ce magnifique tableau de soleil couchant , un des plus beaux qu'il m'eût encore été
donné de voir.
On trouve sur le plus large de ces gour, qui présente une surface plane d’environ cinquante hectares,quelques vestiges de
constructions très anciennes

La tradition raconte qu'une femme des Beni-Ameur*, nommée Bent-el-Khas, l'habita pendant de longues années et s'y
défendit contre un sultan du Gbarb (de l'Ouest), dont elle ne voulait pas accepter l'amour.
Le sultan, ayant entouré la gara, espérait que la belle Amria*, pressée par la soif, serait obligée de se soumettre ; mais, au
moment où il la croyait sans eau , il vit qu'on étendait au soleil , pour le faire sécher, beaucoup de linge mouillé.
Désespérant de réduire par la soif, le seul moyen sur lequel il comptait , des gens qui avaient assez d'eau pour laver leur
linge , il se retira.
La rusée fille des Beni-Amer avait employé les dernières gouttes d'eau qui restaient dans sa citerne et avait trompé ainsi
son galant persécuteur.
Bent-el-Khas a une large part dans la poésie saharienne ; son nom est populaire et il n'est pas un berger qui ne connaisse
un des faits, ou, pour mieux dire, un des bienfaits que la tradition lui attribue. Demandez qui a fait creuser les puits de Teldja ,
de Achia , de Zirara, de Tequir et tant d'autres qui sont dispersés dans les erg* et qui indiquent qu'autrefois une sollicitude
éclairée, une action puissante s'étendirent sur ce pays abandonné; le berger? tous répondront  toujours :
Bent-el-Khass.
Il n'en sait pas davantage. Si même on lui demande ce que c'est que Bent-el- Khass, il ne pourra
pas le dire ; mais, c'est pour lui un génie poétique qui remplit le Sahara et auquel sont dues les rares créations de l'homme dans ces brûlantes solitudes .
Si on interroge les tolba* des Oulad-sidi-Chikh sur le compte de cette obscure et poétique femme
qui domine la gara de Sid-el-Hadj-eddine , et dont la puissance semble avoir rayonné de là jusqu'au Gourara, préparant, par des travaux qui paraîtraient presque impossibles aujourd'hui, les haltes des caravanes , des pèlerins et des bergers , ils répondent par quelques vers dus on ne sait à qui. 
Ce poème, qui malheureusement n'existe dans leur mémoire que par fragments incomplets, raconte
la vie de Embarka bent-el-Khass.
Etant toute jeune encore, elle donna des preuves d'une intelligence supérieure. Quand son père voulut la marier, elle lui dit :
« Parmi tous ces jeunes chefs qui prétendent à ma main, je choisirai » celui qui saura égorger et découper un mouton. »
Il se présenta plusieurs prétendants qui coupèrent leur mouton comme on le coupait d’habitude , le plus proprement et
le plus élégamment possible.
Elle les repoussa tous.

Enfin, en vint un qui mit les jambes avec le cœur, les genoux et les jarrets avec l'estomac , les yeux avec le foie. Embarka
l'accepta, et quand son père lui demanda l'explication de sa préférence, elle lui répondit : « Je l'accepte, parce que c'est le
seul qui ait détaillé le mouton d'une manière intelligente : il a mis le cœur avec les jambes , parce qu'elles ne vont que là où
il veut les conduire ; les genoux et les jarrets avec l'estomac, parce que c'est lui qui les fait agir ; enfin, les yeux avec le foie,
parce que c'est lui qui les fait pleurer. »
Elle dit ensuite à son père : « 0, mon seigneur , emmenez ce jeune homme, faites avec lui une longue promenade et
rapportez-moi exactement toutes ses paroles et toutes ses actions et que je le juge définitivement. »

  EI-Khass et le jeune prétendant allèrent se promener. En passant devant un vieux
  tombeau, le jeune homme dit : « 0 toi qui dors dans cette tombe, es-tu vivant ou mort ?
  EI-Khass le regarda avec étonnement et leva les épaules.
  Dans un douar où on leur offrit du cheniri*, il prit le vase , but le premier et le donna
  ensuite à son compagnon, Il n'est pas poli, pensa EI-Khass.
  Dans un autre douar où on leur donna de l'eau, il l'offrit à son compagnon d'abord et
  but ensuite. El-Khass se dit en lui-même qu'il était fou , ou , au moins , fort étourdi ,
  puisque, en deux circonstances identiques, il agissait de deux manières différentes.
Quand il raconta à sa fille ce qui s'était passé, elle lui dit : «0 mon seigneur, vous pouvez ordonner qu'on prépare la noce ,
car tout ce qu'il a dit et fait dénote un grand sens , et je suis décidée à l'épouser. »
II a demandé à celui qui dormait dans la tombe , s'il était vivant ou mort ; c'est-à-dire si, par ses actions , il avait survécu
dans la mémoire des hommes ; car, il n'y a de réellement mort que celui sur lequel s'est étendu le voile de l'oubli. »
II a bu le premier quand on vous a présenté le Chenin, par déférence pour vous , afin de boire l'eau qui était dessus et de
vous laisser le lait caillé qui était au fond du vase. »
II vous a présenté, à vous, le premier, le vase qui contenait l'eau pour vous faire boire l'eau la plus claire et garder pour lui
l'eau trouble et mauvaise du fond. »
Embarka-bent-el-Khass se présente aussi comme Gérés avec une couronne d'épis dorés sur la tête : lorsqu'elle habitait la
Gara , les moissons jaunissaient l'Oued -Seggar et la grande plaine de Oum- el-Mai. Les eaux de Aïn-el-Amora, source de
l'abondance, située à quelques kilomètres à l'Ouest de Brezina, au pied des montagnes, et gardée par un ksar qu'habitaient
les Beni-Amer, y étaient conduites par un large canal et dispersées en abondantes irrigations.
Selon la tradition, les habitants de Ksar-el-Amora, pour envoyer le repas aux laboureurs ou aux moissonneurs quand ils
étaient aux champs  le canal et l'eau y était assez abondante pour les porter jusqu'à Oum-e!-Maï.
Hélas ! aujourd'hui, Ksar-el-Amora est ruiné, sa source ne donne plus qu'un très-mince filet d'eau qui se perd à quelques pas ,
et la sauvage végétation saharienne a remplacé dans Oum-el-Mai et dans les plaines de Segguer, les épis que la poétique fille
des Beni-Amer y sema la première.

Nota/

* Gour : Ce sont des sortes de mamelons qui s’élèvent à pic dans les plaines sahariennes et sur le sommet désquels s’élève un plateau.
erg: vastes éspaces envahis par d'immenses dunes
ghedir: marres qui retiennent les eaux pluviales
Beni Ameur: fraction faisant partie de la tribu des Banou Hilal
Amria: se dit d'une femme issue de la tribu des Beni Ameur
Tolba: qui font apprendre le coran
cheniri: petit lait très fort

                                                                                                            

                                                                Le lundi 12 Décembre 2016

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Commentaires (6)

Georges. S -  Sur: LES GOUR DE BENT EL- KHASS
  • 1. Georges. S - Sur: LES GOUR DE BENT EL- KHASS | jeudi, 15 Décembre 2016

En effet on voit le désastre qui a été fait et je comprends que vous soyez désolé ,les deux photos montrent le carnage
qui a été réalisé , la défiguration des lieux , la faune et la flore doivent être bouleverser c’est ainsi que les espèces
disparaissent , c’est une honte et je comprends que vous soyez bouleversé , c’est de l’inconscience que de mutiler
cette belle région. je vous souhaite beaucoup de courage pour supporter cette horreur.mais continuer à graver ces
coins merveilleux avec votre appareil et transmettre ce témoignage aux générations futures.
recevez toute mon amitié
Georges

Mijo - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL KHASS
  • 2. Mijo - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL KHASS (site web) | jeudi, 15 Décembre 2016

Bonjour Nourredine,
Encore une belle promenade au milieu de ces paysages normalement indestructibles, et qui le resteront pourvu que l'homme cesse de perdre la raison en ne pensant pas au-delà de sa propre vie. C'est navrant ces destruction pour le profit. Je ne comprend pas que les mauvaises expériences ne servent pas d'exemple pour ne surtout pas les refaire.
On dit que l'espoir fait vivre, alors espérons. Et merci à vous de tant aimer ce désert et son histoire, et de nous les faire partager avec autant d'amour.
Toute mon amitié,
Mijo

Georges. S -  Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL-KHASS
  • 3. Georges. S - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL-KHASS | mercredi, 14 Décembre 2016

Encore une fois j’ai fait un beau voyage grâce à vous sont magnifiques les érosions des roches
sculptées par la nature sont extraordinaires qui dépassent la raison , mais quel plaisir. Ici le temps est au beau les stations
s’inquiètent les vacances de Noël approchent et il n’y a pas de neige , mais il fait un peu froid moins 4 degré tous les matins
je pense que chez vous la température est plus clémente.
cordialement
Georges

Jubba -  Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL- KHASS
  • 4. Jubba - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL- KHASS | mercredi, 14 Décembre 2016

Salam,
J'ai visionné les photos sans joie car non loin on dénature,on prépare l'hécatombe
mais avec une pointe d'optimisme ,qui sait leur projets ne réussiront pas forcément:
Comment?
Amitiés.

Bruno. R -  Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL KHASS
  • 5. Bruno. R - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL KHASS | mardi, 13 Décembre 2016

Merci,vraiment étonnant ,j'admire votre oeuvre, les textes qui accompagnent ..Peut être cela sera-t-il pollué dans quelques annèes. Espèrons que non ! Bien Amicalement

Jean. P -  Sur :  LES GOUR D'EMBARKA BENT EL- KHASS
  • 6. Jean. P - Sur : LES GOUR D'EMBARKA BENT EL- KHASS | mardi, 13 Décembre 2016

Cher ami fidèle....
Merci pour la belle légende de "Bent-el-khas" avec les photos de ces "gours" majestueux!! Comment se sont-ils formés et tiennent ils encore debout par delà les siècles? Mystère!
Oui, laissons place au rêve et à l'admiration en rendant grâce au Créateur!
Bien avec vous.
Jean.

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