L'OASIS DIVINE

 

 

 

                                           L'OASIS DIVINE                                         

      

 

 

  Elle était là toute belle et s’ouvrait devant moi scintillante baignée par un soleil
   radieux et ce après les vents glacials et glapissants que nous avons connu le
   matin lors de notre escalade vers une gara qui renfermait une grotte qui servait
   de lieu de recueillement et de prières aux pères blancs 
   Sous l’ombre des palmiers la seguia tapissée de mousses et de quelques fougères
   coule paisiblement en un tumulte sans fin.
   Les coassements rauques d'un crapaud fusent de toute part à la recherche d'une
   âme sœur.
La palmeraie et les quelques vergers sont actuellement abandonnés
Au-delà de la palmeraie une vielle maison croulante semble murmurer une plainte
sans fin, c’était dit on la maison du vieux Boualem qui vivait en ermite avec son fils, ils y cultivaient un petit lopin
de  terre en plus d’un maigre troupeau d'ovins et de caprins qu'ils possédaient , à
l’intérieur de la petite maison
j’eus un haut le cœur en voyant une marre de sang et des piquants hérissés d’un porc-épic qu’on avait égorgé.
Mon compagnon de route qui connaissait le vieux Boualem Allah yarhmou pour lui avoir rendu souvent visite par
le passé resta un bon bout de temps figer devant le seuil de cette maison étrangement vide (voir photo), comme pour
voir si quelqu'un allait se manifester pour l'accueillir comme ce fut le cas jadis, je décelais sur son visage de la tristesse

Sur le coté opposé et juste au dessous du petit cimetière est située la maison de si Brahim , vide elle aussi et
abandonnée , aux alentours ne subsistent que la zriba ( enclos pour bétails ) et juste devant le seuil de la maison
sont visibles deux sandales et plus loin une vieille marmite rouillée

Un vieux ksar fait face à cette maisonnette il est actuellement rongé de plantes sauvages, les lignes des murs sont
d’apparence sobres très bien tracées et ne présentent aucun défaut, un silence de cathédrale y règne à l’intérieur
troublé seulement de temps à autre par le vent, on y goute un silence apaisant , ruines qui ont traversé bien des
siècles et qui maintenant semblent retrouver un semblant de sérénité mêlée d’une étrange et douce mélancolie

Sur un petit monticule qui fait face à ce vieux ksar est visible un cimetière renfermant plusieurs tombes éparses
presque effacées

En aval d’un très beau khneg et dans un superbe chaos et enchevêtrement de grands rochers d'un noir de suie
éclatant, on découvre une magnifique gravure rupestre représentant une panthère aux lignes magnifiques
qui
semble résister aux aléas du temps vu son âge qui devait osciller entre les six mille ou huit mille ans .
Au dessous d’un autre grand rocher nous découvrîmes une grande roche en forme de table qui servait d’autel 
aux sacrifices rituels ou au dépôt d’offrandes aux divinités des peuples anciens qui habitaient ces contrées

Plus loin sur une autre gara au flancs très escarpés étaient visibles les restes de ce que fut un vieux ksar et dont
ne subsistent que quelques pierres de couleur grisâtre, sur le flanc nord a été érigé un grand fossé pour parer à quelconque attaque ennemie , les autres flancs étant difficiles d’accès, en effet la région était infestée de brigands et les ksour étaient souvent assaillis dit-on par les Zegdou, peuplade venant des environs de Figuig .

Du haut de cette gara un spectacle et un panorama des plus grandioses s'étalaient à perte de vue à travers les lignes vaporeuses des lointains djebels
 

Sur le chemin du retour nous croisâmes une petite colonie d’ânes qui sont devenus sauvages et qui à notre vue
dressèrent leurs oreilles et détalèrent à toute vitesse.
Plus loin sur le lit d'un petit oued asséché , j'eus l'agréable surprise de voir un "couple" de tamarix en fleurs
annonçant la venue proche des beaux jours

 

   Dans le recueil de "Milly ou la terre natale" du grand Lamartine  je garde ce
   passage ô combien révélateur où il écrivit: Bientôt peut-être... ! écarte, ô mon
   Dieu ! ce présage !

   Bientôt un étranger, inconnu du village, viendra, l'or à la main, s'emparer de ces
   lieux 
qu'habite encore pour nous l'ombre  de nos aïeux,    et d'où nos souvenirs des
   berceaux et des tombes s'enfuiront à sa voix, comme un nid de colombes dont la
   hache a fauché l'arbre dans les forêts, et qui ne savent plus où se poser après ! 
   Ne permets pas, Seigneur, ce deuil et cet outrage !
Ne souffre pas, mon Dieu, que notre humble héritage passe de mains en mains troqué
contre un vil prix, comme le toit du vice ou le champ des proscrits !
qu'un avide étranger vienne d'un pied superbe fouler l'humble sillon de nos berceaux sur l'herbe...

Et c’est ce que j’appréhende et redoute le plus en quittant ces lieux si pleins d’histoires , en effet la bête humaine destructrice gagne de plus en plus du terrain , et comme me l'a signalé un jour un ami que je salue au passage : Je ne pense pas que notre temps laisse des traces si remarquables... !
Le jour commençait déjà à décliner et bientôt le noir viendra envelopper avec douceur ces magnifiques contrées et je repris le le chemin du retour le cœur lourd en pensant que d'ici
peu la pollution féroce qui a gagné nos villes et villages ne vienne éclabousser encore plus
cette petite oasis .

                                          Par Noureddine Toumi     
                                              Le mercredi 26 Février 2014

                                                                                                  
L'OASIS VUE AVEC MON APPAREIL PHOTO
                                                                               Cliquez sur la touche F 11 de votre clavier pour voir le diaporama en plein écran

 

 

 

 

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Commentaires (5)

Bruno -  Sur: L'OASIS DIVINE
  • 1. Bruno - Sur: L'OASIS DIVINE | mercredi, 16 Mars 2016

Merci pour la beauté et les souvenirs: souvenirs de ces belles journées ,souvenirs des hommes ,femmes qui ont vécu,construit ce qui est ruines maintenant. Merci encore de nous partager vos œuvres. Amicalement

PONSOT Danièle -  Sur : L'OASIS DIVINE
  • 2. PONSOT Danièle - Sur : L'OASIS DIVINE | mercredi, 29 Octobre 2014

On est pris "aux tripes" devant la beauté de ces paysages!

Noureddine (webmestre Nostalgie)  -  Sur : L'OASIS DIVINE
  • 3. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : L'OASIS DIVINE | dimanche, 20 Juillet 2014

Bonjour
Quand on découvre cette oasis au milieu de cette aridité on sent qu'il y a quelque chose de divin qui a permis à cette oasis d'éxister au milieu de ce décor âpre
j'ai vu cette oasis au début du printemps, ces palmiers donnent encore des dattes
En effet les lieux par le passé étaient pleins de vie

Hortense
  • 4. Hortense | dimanche, 20 Juillet 2014

Bonjour,

Evasion assurée!une détente,un bien-etre s'ensuivent.
Les palmiers sont-ils stériles,trop vieux pour etre productifs ,ou vous arrivez
trop tard la cueillette s'est déjà faite?
D'après la seguia cette oasis a connu une période de gloire,et la vie semble
possible,du moins plus aisée que sur le territoire de Souleiman!
C'est mon humble avis,j'ai apprécié tout court.
Merci Mr Noureddine.

Bessaïh Abdelhamid  -  Sur : AIN ELHMMAM
  • 5. Bessaïh Abdelhamid - Sur : AIN ELHMMAM | vendredi, 28 Février 2014

Bonjour Noureddine et tous les amis de la steppe,

Très beau reportage photos, belle littérature et poésie et un fond musical parfait.
Salutations cordiales

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