L'AGONIE DU SAHARA

 

   

 

L'AGONIE DU SAHARA

                                                       

   Je n’avais pas revu les gours depuis un bon bout de temps qui m’a paru interminable
   depuis qu’en ce début de printemps la région fut balayée par des vents violents et
   tempêtes de sable qui n’ont cessé de souffler sur ces contrées
   Ces gours sont mon jardin d’éden, esseulés dans leur vallée de sable et de regs, entre
   l’immensité presque « monotone » des hauts-Plateaux et le grand sud.
   De retour les lieux m’ont semblé moroses , le vent de sable avait enveloppé les plantes
   naissantes de ce début de printemps, même les genets semblaient terriblement souffrir,
   l’euphorbe appelée chez nous  lebina avait trouvé refuge aux pieds des dunes pour
   échapper aux vent de sable et au soleil ardent, d’autres moins chanceuses et qui poussaient
sur le sommet des dunes ont vu leurs racines presque extirpées du sol , la lebina est une plante phénoménale d’un vert éclatant
presque toute l’année renfermant en son sein un suc blanc et laiteux d’où le nom lebina (petit lait)

Une semaine après je suis retourné, la journée d'avant un très violent orage avait éclaté en plein coeur des gours de bent el khass,
j’avais enfin retrouvé cette sensation très douce et très pure teintée par moments de sensualité et de l’haleine d’un bouquet de
genêts en fleurs où je suis resté de longs moments  couché à la renverse  me grisant d’immobilité, là, les vents du ciel se jouent
librement, édifiant des collines, creusant des vallées, ouvrant des précipices, créant, au caprice de chaque jour, de nouveaux
paysages éphémères.
Quelques marres sont encore visibles même la piste que j’empruntais était inaccessible, je fis un long détour non sans risque
pour regagner la gara , je fus heureux de tomber sur une petite file de dromadaires le long des gours en route vers d’autres 
horizons vacillants et sans limites

Ma rêverie fût de courte durée sous l’ombre d’un genêt je voulais préparer mon verre de thé, un spectacle des  plus sordides
s’offrit à moi, des bouteilles et gobelets jonchaient le sol, des verres de thé, dénaturant ces lieux paisibles, c’est le passage de
ces gueux qui sont devenus en un laps de temps record milliardaires, ils roulent même en 4/4 , des individus, biberonnés
au danone et goinfrés de pizzas en plus d'être insolents et incultes avaient déraciné  quelques genêts qui avaient mis des années
entières pour pousser et ce pour cuire leur méchoui, des dizaines de gobelets de liqueur vides étaient jetés pèle mêle sur ce sable
béni, tableau des plus macabres contraire et étranger à nos valeurs et coutumes ancestrales

Des individus que je qualifie de tubes digestifs ambulants qui ne voient pas la beauté, des félons qui ne pensent qu'à engrosser leur
bedaine, vils personnages encanaillés et imbus par une richesse mal acquise menant une vie de "luxe" et de lucre,  ce phénomène prendra des proportions alarmantes si on n'y prend pas garde,  ceci n’est que le prélude  quant à la dégradation de cet environnement ô combien fragile, le plus dur est à venir avec la construction de la nouvelle ville de Brezina que nos éminents « cerveaux » n’ont pas trouvé mieux que d’ériger à quelques trois kilomètres des gours, pourtant l’espace ne manque pas, bien  lointain le temps où Charles Kleinknect ne tarissait pas d’éloges dans un de ses ouvrages notre région, où il évoquait une de nos oasis, il disait, je cite : «… Station privilégiée, respectée par le voyageur de passage, elle ne présentait aucune trace de bivouac ou de pollution, les empreintes de pas elles-mêmes étaient effacées par le vent. Comment ne pas évoquer Baudelaire, son Invitation au voyage où le monde s'endort dans une chaude lumière et où tout n'est que ordre et beauté, luxe, calme et volupté » ,  ne pouvant supporter cette vue j’ai poussé à la gara de sidi Mohamed ben Abdallah distante de quelques cinq kilomètres des gours de bent el khass, ici aucune trace d’une quelconque pluie, j’ai marché lentement sur les berges de l’oued Sagguar à sec , je me suis dirigé vers un petit peuplement  de tamaris où je me réfugiais lorsque la chaleur se faisait intense, malheureusement beaucoup ont rendu l’âme, ne survivent que quelques-uns mais pour combien de temps , pour survivre dans ces conditions extrêmes il faut se cacher, s'abriter  des ardeurs du soleil , inventer d’ingénieux stratagèmes pour se procurer, économiser l’eau et l’énergie indispensable et ce n’était nullement le cas pour ces valeureux tamaris , d’immenses ensembles dunaires les ont encerclé et étouffé, de longs troncs gisent sur le sol, un lieu qui me faisait l’effet d’un cimetière de tamaris, quelques-uns étaient comme brûlés au ras du sol, les forces combinées du soleil ardent et du sable les ont calciné, au détour d’une immense dune je découvris une canne grande fut ma surprise en voyant que c’était la mienne et que j’avais égaré une année plutôt, je la laissais sur place, 
peut-être sera-t-elle d’une quelconque utilité pour un nomade

   Entre les dunes et aux abords de l’oued on voit de loin une tache presque sombre
   c’est la petite zaouïa de sidi Mohamed ben Abdallah que le désert envahit et
   dévore peu à peu, elle est presque ensevelie, telle un noyé qui dans un dernier
   sursaut essayant de refaire surface au milieu des flots rageurs, l’entrée est presque
   inaccessible, on sent un silence pesant et profond  qui règne autour de cette zaouïa
   vouée à une proche disparition, un oreiller presque déteint est accroché sur la porte
   d’entrée, à quelques deux cent mètres plus loin sur un petit promontoire dominant
   ces immenses étendues est visible une toute petite maison en ruine totale, ça devait
   être je suppose la maison du cheikh de la zaouïa, juste à côté l’oued Sagguar « avait
un air livide et d’une pâleur inouïe et sur le sable salé de quelques sebkha, oscillent des vapeurs rousses esquissant de vagues
mirages.
Etrange que cette impression d’immobilité  des choses que j’ai toujours éprouvé dans toutes les contrées sahariennes et qui
donne, en quelques minutes, l’illusion de leur durée, presque de leur éternité.

                                                                            Par Noureddine Toumi
                                                                                      Le samedi 21 avril 2018 

           

               Photos prises les 28 mars, le 01-04-12 et 19 avril 2018 

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                             Le présent album comprend 218 photos
NB/ Utlisez vos enceintes acoustiques pour écouter la musique d'accompagnement

 

 

 
 

 

 
 

Commentaires (9)

Noureddine (webmestre Nostalgie)
  • 1. Noureddine (webmestre Nostalgie) | vendredi, 27 Avril 2018
Bonjour cher Abdelhamid
Moi je suis un couche tard,
On manque souvent de pluie mais quand elle survient c'est souvent des averses orageuses violentes, il n'a pas cessé de pleuvoir aussi en cette journée, on m'a signalé qu'aujourd'hui aussi une famille a été emportée par un oued en crue plus au sud de sid Naceur, c'est des drames qui surviennent souvent, beaucoup veulent défier la nature et mettent en péril leur vie et celle des autres hélas
Merci pour ton implication et même de loin
Amitiés sincères
Bessaïh Abdelhamid -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 2. Bessaïh Abdelhamid - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | vendredi, 27 Avril 2018
Bonjour Noureddine,
Il est un peut tard dans la nuit et un nouveau jour se dessine. Merci pour tes précisions et concernant l'affichage didactique, je suis entièrement d'accord avec toi. Il faut provoquer le destin parfois car l'action citoyenne spontanée et au service de la collectivité risque de se faire attendre.
J'ai appris le drame humain qui a eu lieu lors des derniers orages violents dans la Wilaya; je compatis et adresse mes condoléances aux familles touchées.
Porte toi bien
Avec mes amitiés
Noureddine (webmestre Nostalgie) -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 3. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | jeudi, 26 Avril 2018
Bien cher ami
En effet vu le nombre de photos sur le diaporama ce dernier aux alentours de la 131 ieme photo se bloque ou vire au gris je pense, il fallait juste bouger votre souris et c'est reparti, c'est normal et ça arrive quand il y a bcp de photos, j'ai oubié de souligner ce souci qui pouvait survenir, merci de l'avoir signaler
Merci comme toujours pour vos bons retours et que j'ai toujours grand plaisir à vous lire, pour les photos des dunes de sidi mohamed ben abdallah la qualité de l'image c'est selon la lumière ambiante et la dernière fois il y avait une belle lumière , au contraire des dunes des dunes de bent el khass , celles dunes de sidi med ben abdallah virent presque au blanc, il faut se démener avec son apn pour s'en sortir
Merci et porte toi bien - l'ami Noureddine
PS/ je compte implanter des plaques aux alentours des gours invitant tout visiteur à emporter ces détritus avec lui, je ne sais si ça aurait un impact
Pour info, hier soir nous avons connu des pluies diluviennes avec de violents orages qui ont duré toute la nuit jusqu'au petit matin, l'oud en crue de Bounadji à quelques 25 kms d'El bayadh en allant vers Aflou a eu raison de 3 personnes qui ont été emportes par les crues à l’intérieur de leur véhicule le quatrième s'en est sorti miraculeusement
Bessaïh Abdelhamid -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 4. Bessaïh Abdelhamid - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | jeudi, 26 Avril 2018
....désolé; j'ai eu de gros soucis pour visionner le diapo d'une traite, d'abord à cause de l'écran de veille et après l'avoir modifié, ce fût l'économiseur d'énergie qui me coupait et m'obligeait à repartir du début. Ici c'est ma dernière phrase qui n'a pas été enregistrée
Bref, encore merci et bon courage;
Avec mes amitiés
Bessaïh Abdelhamid -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 5. Bessaïh Abdelhamid - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | jeudi, 26 Avril 2018
Bonjour Noureddine,
Voyant le titre "L'agonie du Sahara" j'avais bien compris que ce que tu allais nous montrer ne devait pas être très réjouissant.Je t'avoue que je fût d'abord et longtemps émerveillé par ces paysages désertiques, fraîchement arrosés et parsemés de leurs végétations habituelles, tantôt extraordinairement vertes et fleuries, tantôt ensevelies, rabougries mais étonnamment vivantes et vaillantes, hormis les pauvres tamaris. Il me semble avoir vu quelques images d'un autre reportages ou les dunes étaient à peine visibles et sur ce dernier elle sont impressionnantes; comme autour et de cette zaouia de Sidi M.B.A qui disparaît petit à petit. Au delà de la beauté naturelle de cette steppe semi ou presque désertique, c'est l'absence de vie aussi bien animale qu'humaine qui interpelle! mis à part le petit scarabée courageux et les quelques dromadaires solitaires. Et malheureusement, le tableau s'assombrit en découvrant les traces de ces vandales qui profanent et détruisent une nature déjà fragile et qui a besoin de toutes ses ressources pour se renouveler et ce pour le bonheur des humains et des animaux. Tu as parfaitement raison dans ta colère envers ces gens incultes et inconscients; Si au moins ils se montraient respectueux en rassemblant leurs détritus, il y aurait un peu d'espoir?? Mais non et là je te rejoint dans ton inquiétude et je la comprend, car ce n'est pas la loi de la nature (qui de toutes les façons triomphera toujours) qui te fait peur, mais la horde sauvages auquel le qualificatif "d'humains" est impropre. On distingue hélas des profanations sur les murs de la Gouba (Marabout). Il n'y a aucunes excuses à ces comportements et je crois qu'il faudrait diffuser les photos des incivilités de ces "campeurs".
Il me reste à te remercier pour ton travail de conscientisation
Noureddine (webmestre Nostalgie) -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 6. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | mardi, 24 Avril 2018
Merci chère amie pour ces mots réconfortants, en effet comme vous le dites : la vie est là envers et contre tous, quoi que nous fassions c'est la terre qui aura son dernier mot
Danièle PONSOT -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 7. Danièle PONSOT - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | mardi, 24 Avril 2018
Comme je comprends votre inquiétude de voir le Sahara dénaturé!!!Mais il est encore un symbole de beauté pure et de paix! Merci, Noureddine, pour ces magnifiques images! La vie est là, envers et contre tout!
Noureddine (webmestre Nostalgie) -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 8. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | mardi, 24 Avril 2018
Cher ami
C'est sur un coup de colère que j'ai dressé ce tableau des plus sombres, ce n'est pas si dramatique que ça enfin pour le moment
j'aime le désert sans aucune souillure, c’est peut être trop demander, il y a toujours des imbéciles et égarés qui souillent quelques endroits
Amitiés
Bruno -  Sur : L'AGONIE DU SAHARA
  • 9. Bruno - Sur : L'AGONIE DU SAHARA | lundi, 23 Avril 2018
Merci ! Très émouvante nature,assoiffée,mais quelle beauté,harmonie,lumière. Ces plantes en espérance de pluies ;l'acharnement du scarabée dans les rides du sable..grandes orgues des falaises sous le bleu du ciel .Merci ,espoir,malgré quelques souillures...

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