RETROUVAILLES

                                   

 

RETROUVAILLES

SI LARBI

 

Après une canicule qui n’a que trop duré, des orages violents suivis de pluies diluviennes
se sont abattues sur la région et jusqu’à l’extrême sud,  jamais de mémoire d’homme on n’avait vu un été aussi chaud affectant homme et bêtes si bien que plusieurs cheptels d’ovins et de camélidés ont été décimés vu cette chaleur infernale, l’atmosphère s’est nettement rafraîchie avec ces pluies tant attendues, il était temps pour moi de prendre la 
route du « grand large » en l’occurrence le sud que je n’avais pas revu depuis un long moment qui m’a paru interminable, Le barrage de Larouia était à son top niveau et avait même débordé, une paix indescriptible régnait sur les lieux, la lumière était sublime, c’est cette lumière propre aux régions du sud qu’on ne voit nulle part ailleurs, malheureusement à chaque nouvelle forte crue, ces eaux en furie charrient avec elles des tonnes et des tonnes de terre (les photos de Larouia ont été prises le jour d’avant) 
Le  destin fait bien les choses , au-delà de Brezina et, au croisement de la route qui mène vers la petite localité de sid el hadj Eddine, je vis un vieil homme assis sur une borne kilométrique qui faisait de l’auto stop , grande fût ma surprise et ma  joie de voir que c’était si Larbi que j’avais rencontré deux années auparavant au même endroit faisant aussi de l’auto stop, grandes et sincères congratulations partagées après cette longue perte de vue ,

La grisaille qui m’avait gagné à la vue des campements des braconniers du golfe se dissipa peu à peu à la vue de ce visage buriné, sage et ô combien expressif de ce vieux nomade : une espèce en voie d’extinction, auparavant tout au long de mon parcours le long de ces immenses solitudes j’étais intrigué de voir quelques tentes qui n’étaient pas celles de la région, je demandais à si Larbi si c’étaient des nomades pasteurs venus d’autres régions, si Larbi m’avait informé  que c’étaient des vieilles  tentes offertes par ces braconniers  du golfe pour gagner la sympathie et acheter le silence de ces populations déshéritées , je demandais à si Larbi s' il n'a pas" profité" pour en avoir une, jamais me dit il je ne me rabaisserais devant ces vils personnages préférant vivre dans sa vieille acha (vieille tente) en homme digne et libre, sacré bonhomme, de même que si Mohamed , si Larbi fut surpris de voir un forage à quelques 400 mètres de chez lui, il s’en est allé se plaindre auprès des "autorités compétentes" vu qu’il a toujours vécu sur ces terres ancestrales, la réponse fût des plus fulgurantes, on lui avait fait savoir que cette terre a été concédée à une femme du nord au nom de la sacro et sainte formule de l'investissement productif, j’en fus ébahi , comment une femme seule venant de si loin prendre une terre désolée et vivre dans pareil environnement où seuls les aguerris de la trempe de si Larbi peuvent survivre où rien ne pousse dans ces immenses hamadas oubliées vu le climat des plus arides et des plus inhospitaliers qui y règne, je pense que quelque chose se trame contre cette région, quand à dire que c'est pour relancer l'agriculture c'est du pipeau et je n'en crois pas un traître mot

   Je déposais si Larbi près de son campement en effet était visible sa vieille kheima  au fait il
   
avait changé de lieu de campement, il campait auprès du lieu dit feyj el naâm je pense au 
   
« sentier des autruches » c’était il y a bien longtemps, tout a été décimé,  il aurait tant aimé 
   
m’accompagner mais il se faisait tard et il devait rechercher son maigre troupeau de caprins
   
qu’il laisse libre et qui était sa seule source de vie, c’est avec une immense tristesse que je vis
   
sa silhouette disparaître au milieu de cette immensité, il portait sur ses frêles épaules un tout
   
petit sac rempli de quelques maigres provisions pour sa petite famille, portant la même abbaya
   
(gandoura) qu'il portait deux années plus tôt, il m’avait prié de photographier son puits   
   
emporté par les crues une deuxième fois et ce pour recevoir une aide de « l’état » pour sa remise en service, même ces terres où est implanté son puits sont sous l’œil du cyclone des nouveaux colons venus du nord, on m'avait appris qu'un de ces rentiers avait érigé une villa à la Hollywoodienne à 70 kilomètres de Brezina dans une hamada désolée avant même de procéder au soi disant défrichement de la terre et des milliers d'hectares qui lui ont été alloués , d'où tiennent ils toutes ces sommes faramineuses ?  C'est vous dire qu'il y a en haut une réelle volonté de tuer le nomadisme (une part de nous même) et d'implanter en lieu et place des corps étrangers pire c'est une autre forme de colonisation de la terre de nos ancêtres.
Je fis un détour furtif au petit hameau des ouled sid cheikh ou plutôt à la dechra des ouled sid Cheikh qui semblait sortir des fins fonds de la période de la guerre de libération étant dépourvue des commodités des plus élémentaires et essentielles (eau, electricité égouts) elle manquait de tout, quelques rares habitants accouraient vers moi croyant voir en moi le messie tant attendu pour les libérer de cette situation insoutenable, j'étais en rage et ne pouvais rien, je rebroussais vite chemin devant ce spectacle triste ne pouvant pas apporter grand chose à ces populations si déshéritées et oubliées , sitôt arrivé à la grande plaine aux environs de gor el enze ( les buttes des boucs ou mouflons), elles étaient complètement inondées, les eaux dégoulinaient de partout et en quelques endroits rageuses et en furie , les lieux me faisaient l'effet d'être aux bords d'un océan à marrée basse un jour de grande marrée je traversais sans encombre la route inondée, je pris en ligne de mire et comme éclaireur un semi-remorque en cas de pépin en cours de route, Dieu merci ce n’était que la décrue du violent orage qui avait frappé la région trois jours auparavant, la traversée de cette route inondée  fût sans aucune entrave,

je poussais jusqu’aux gours ghzala (buttes de la gazelle) prenant une pause sous un petit ensemble dunaire, rien ne bougeait sinon de rares camions au loin chargés de moutons vu les prochaines fêtes de l’aid du sacrifice
J’étais seul dans ces immenses solitudes, étrange sensation d'un bonheur réel; il me semblaiit  n’avoir ni famille, ni foyer ni un quelconque ami, j’étais libre sans aucune attache, une liberté qui semblait être le seul bonheur accessible à ma nature.Il se faisait tard il était l’heure de rejoindre nos cités lugubres et ce monde si étranger à moi je restais un long moment à contempler le soleil couchant, c’était l’heure  élue  aveccette sublime lumière et cette éternelle féerie des soirs du sud toujours aussi belle et jamais pareille.

 

 

                                  

                                                                                           

                                                                                              Par Noureddine Toumi
                                                                                                 Le jeudi 16 aout 20018

                                                                                         Photos prises le 15 aoùt 2018
                                                                     Le present diaporama comprend 70 photos en ultra grand angle  
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                                                                                                                Cliquez ici pour voir ma première rencontre avec si Larbi

 

 

Commentaires (5)

jubba -  Sur : RETROUVAILLES
  • 1. jubba - Sur : RETROUVAILLES | mercredi, 22 Août 2018
Les inondations dues aux crues sont décidées par le Créateur sont acceptables,mais les ravages causés par des
humains sans considération à leurs semblables révoltent.
J'ai apprécié les dernières phrases du message:ainsi le bonheur se trouverait dans la solitude "absolue" alors qu'avant c t tout le contraire!
Merci ami de nous plonger dans les puits bien boueux de nos lointains frères,espérant pour eux un véritable "messie" libérateur.
En effet l'ambiance n'est pas à la fete,espérons de meilleurs jours!
Abdelhamid Bessaïh -  Sur : RETROUVAILLES
  • 2. Abdelhamid Bessaïh - Sur : RETROUVAILLES | dimanche, 19 Août 2018
Bonjour chers amis,
Merci à Bruno de me faire l'honneur de partager mon commentaire et merci à toi Noureddine de nous réunir grâce à ton site. J'ai apprécié chacun de ses mots pleins de sagesse. Je le remercie pour être resté fidèle et pour ses voeux. Qu'il soit. Béni.
Avec mes amitiés
Bruno -  Sur : RETROUVAILLES
  • 3. Bruno - Sur : RETROUVAILLES | samedi, 18 Août 2018
Merci beaucoup cher ami,j'ai pu ainsi visionner avec attention ce nouveau moment de" Retrouvailles"avec le désert et le visage de Si Larbi.Je rejoins bien ce que dit Si Abdelhamid Bessaih,conscient cependant que l'homme n'a cessé d'imposer sa domination sur la Nature pour la dominer,l'exploiter,la transformer...et maintenant avec des moyens de plus en plus puissants..mais la nature blessée laisse aussi des générations de notre nature humaine bien démunies et souffrantes.Je me rends proche en pensée et affection de vous,de bien des connaissance ,de l'Algérie en ces moments qui précèdent la Fête de l'aid
Noureddine (webmestre Nostalgie) -  Sur : RETROUVAILLES
  • 4. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : RETROUVAILLES | vendredi, 17 Août 2018
Bien cher frère
Merci pour ce retour qui m'a fait du bien et plein d’espoirs, ce qui m'a le plus touché c'est avec quelle facilité on offre des sommes faramineuses à ces nouveaux parvenus venus d'autres horizons alors que les gens de la région sont ignorés e écrasés à l'image de ce hameau des ouled sid cheikh croulant dans la misère la plus totale
il y a une réelle volonté à délocaliser ces nomades au profit de ces prédateurs
j'ai été surtout heureux d'avoir rencontrer si Larbi toujours aussi vif et alerte
Bien à toi
PS/ Si Larbi m'avait dit ceci que si les "bou amama" venaient à disparaître , il faisait allusion aux hommes qui portent le turban en l’occurrence les nomades, la région sera foutue
Et c 'est ce que je pense
Abdelhamid Bessaïh -  Sur : RETROUVAILLES
  • 5. Abdelhamid Bessaïh - Sur : RETROUVAILLES | vendredi, 17 Août 2018
Bonjour cher ami,
Les photos de la steppe inondée par endroits sont magnifiques; ces étendues d'eau rappellent en effet le grand large et le jeu de ses marées. La lumière est splendide et donne des airs de paysages côtiers avec les quelques criques et rocailles et l'eau de pluie retenue dans leurs creux.
En dehors de cette mosaïque naturelle, il y a hélas la tristesse qui est la tienne et que je partage entièrement; la vie de ces nomades toujours de plus en plus difficile et presque misérable. Ces lieux témoins de notre histoire et de surcroît portant le nom de nos ancêtres, à l'abondant et leurs habitants déshérités et abandonnées aux aléas de la vie, tandis que des prédateurs (colons) viennent les narguer avec leur arrogance et leurs puissances ostentatoire. Ces nouveaux colons me font penser à ceux des plaines du Far-West américain de jadis Nous sommes en effet résignés car il n'y a pas pour le moment de prise de conscience; je crois que tout n'est pas perdu et il y aura une justice pour Si Lârbi et tous les autres.
Amicalement

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