NOMADES

 

       

                                                                                                  ( cinquième partie )   

   

                                                                                                                              LE VENT DE SABLE                                

 

    Dans la rubrique précédente j’avais oublié un fait qui m’a beaucoup marqué et
    que m’a signalé si Mohamed et j’en suis resté abasourdi et sans voix pendant un
    long moment, ce dernier a reçu la visite inattendue de quelques messieurs lui
    disant de déménager car son campement était tout prêt de celui des braconniers
    du golfe, ce qui fut fait, si Mohamed fût contraint à déménager un kilomètre plus
    loin non sans une résistance farouche, alors que son campement était à plus de
    quatre kilomètres de ces nouveaux parvenus, j’ai bien calculé la distance, c’est
    ce que j’appelle être étranger dans son propre pays, j'étais sans voix et ne savais
    quoi dire, jamais je n’ai cru qu’on arriverait là, je me suis rendu sur les lieux de son
ancien campement, où seuls sont visibles l’enclos de son maigre cheptel de caprins, une vieille théière amputée et quelques sandales
ainsi qu’un tout petitt enclos servant de poulailler et de refuge la nuit pour ses volatiles il était recouvert d’une robe et d’autres tissus
pour les protéger du froid, une vision désolée où la vie a laissé place à l’oubli.

 Terrible et ô combien juste ce petit passage du grand Lamarine
  et qui trotte toujours dans ma tête, je cite:
  "Bientôt peut-être... ! écarte, ô mon Dieu ! ce présage !
  Bientôt un étranger, inconnu du village,
  viendra, l'or à la main, s'emparer de ces lieux
  Qu'habite encor pour nous l'ombre de nos aïeux,
  Et d'où nos souvenirs des berceaux et des tombes
  S'enfuiront à sa voix, comme un nid de colombes
   Dont la hache a fauché l'arbre dans les forêts,
   Et qui ne savent plus où se poser après !
"

Juste pour rappeler que si Larbi est le plus proche voisin de si Mohamed  (photo ci dessous)
Je ne sais ce que réserve encore l’avenir, j’en suis pessimiste, dégouté (pardon pour le mot), c’est ce que je ressens vraiment et je
ne sais si un de ces jours on nous demandera un laisser passer pour accéder à ces contrées, les nomades sont confrontés aux pires
difficultés en voyant leur espace s’amenuiser de plus en plus avec l’arrivée de ces nouveaux colons
                                             


Avant cela je fis un  petit détour aux gour de sidi Abdallah pour contempler cette magnifique citadelle, c’est sur les pieds de cette
citadelle qu’est érigé un petit mausolée comme pour marquer la présence de ce saint homme sur un immense rocher a aussi été érigé
une petite houaita (petite enceinte) peinte à la chaux où les femmes viennent poser quelques présents pour bénéficier de la baraka du
saint c’est quelques fois des foulards généralement de couleur verte, quelques fois de l’encens ou à défaut des bouteilles de parfum,
quelques unes allument des bougies, sacrées femmes j’ai eu un peu de mal à escalader ce grand rocher à moins qu’ils aient chargeé
leurs enfants pour accéder au lieux, cette pratique tend un petit peu à disparaitre mais elle est encore ancrée dans la mémoire de
beaucoup de gens et la pratiquent toujours

 

J’ai entrepris une nouvelle virée vers ces contrées hier mardi 22 novembre 2016 , de grands vents balayent la région, plus au sud il
doit y avoir des tempêtes de sable et c’est ce que je recherchais pour immortaliser ces instants, en effet sitôt arrivé je fus confronté à
une tempête de sable, j’ai fait une pause à quelques cinq kilomètres de la gara de Sidi Abdallah, vision fantomatique et irréelle à voir
cette citadelle comme sortie du néant et qui me faiit penser à un grand paquebot échoué en haute mer, je restais un long moment à
contempler ce spectacle ahurissant malgré le sable qui me lacerait par moments le visage, il n’y avait pas âme qui vive dans ce décor
fantastique, je ne pouvais pousser plus loin vu que la piste que j’empruntais était presque invisible balayée par des bourrasques de vent
de sable, ensuite je me dirigeais vers les gour de sidi Aissa « mon royaume » du moins pour l’instant et ce à quelques quarante kilomètres
plus loin, le vent balayait encore ces grandes étendues, les dunes formaient de menues plissures sur leurs surfaces, par instants elles me
faisaient penser à une mer agitée, je pris le soin de me mettre sous la protection d’un grand genêt pour allumer un feu de bois et préparer
du thé, mission impossible au vu du vent qui soufflait, j’avais beau colmaté les différents couloirs par où s’infiltrait notre ami le vent mais
rien n’y fait , je mis presque vingt minutes pour allumer ce sacré feu de bois, j’avais sacrifié presque deux boites d’allumettes heureusement
que j’avais de la réserve, je vaquais près d’une heure dans mon jardin secret, je me rendis à l’endroit où j’ai rencontré ce berger que j’ai
cité sur la rubrique précédente, j’avais développé quelques-unes de ses photos et que je comptais les lui remettre mais nulle trace du
bonhomme ,je pense que ce n’est pas un jour pour faire sortir ses moutons, j’étais seul au monde au milieu de ces immenses solitudes,

  j’étais ivre de liberté, je marchais longtemps dans ce décor âpre, seul un corbeau surpris
  par ma présence tournoyait sans relâche au-dessus de ma tête en un ballet incessant
  poussant des croassements aigus comme pour me signifier que je n’étais pas le bienvenu
  dans son espace, ce n’est qu’au bout de près d’un quart d’heure qu’il cessa son petit
  manège peut être a t-il compris que je n’avais aucune animosité envers lui et que j’étais là
  en ami, quelques traquets à queue et tête blanche me suivaient à une bonne distance, le jour
  baissait lentement, le vent de sable s’est apaisé et une paix indescriptible envahit les lieux et
  mon âme avec, et voilà mon beau désert qui reprend toute sa sérénité, je goutais avec délice
  mon thé avec le soleil couchant, paix et sérénité qui se sont vite dissipées laissant place à la
colère suite à la mésaventure de si Mohamed que je qualifie d'inadmissible, à mon retour je trouvais encore cette fois par le plus pur des
hasards le petit nomade berger , il faisait de l’auto stop au village de Gouirette Lehbar (les buttes des outardes) il étudiait dans cette
localité et allait passer cette année sa sixième, son campement et à quelques quatre kilomètres des lieux, c’est un véritable calvaire quotidien
pour ce petit bonhomme pour se déplacer mais il avait toujours le sourire, comme un grand il me questionnait sans cesse en cours de route 
du temps qu’il faisait chez moi, si j’avais des enfants, sacré petit bonhomme vraiment, ils ont l’esprit bien éveillé ces petits nomades et une
grande soif de vouloir apprendre, j’arrivais à Brezina à la nuit tombante, ensuite je m’arrêtais pour un court instant au barrage de Larouia où
la lumière de la lune répandait une très belle lumière sur les eaux presque dormantes de ce magnifique barrage...

                                                                 Par Noureddine Toumi
                                                                                     Le jeudi 17 novembre 2016

 

             

Celui- là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles
  s'il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu'un serviteur.
Il est une sentinelle
Et chaque sentinelle est responsable de tout l'empire.
                        Antoine de Saint-Exupéry " Terre des hommes"
 
                                                 

                                                          Le présent album comprend 63 photos au format Ultra Grand Angle
                                                     Cliquez sur la touche F11 de votre clavier pour visualiser les photos en plein format
                                                                                                           
Photos prises le 20 Novembre 2016
          
                                        Branchez vos enceintes acoustiques pour écouter la musique d'accompagnement

                                              

 
 

 

 

 

 

 Cliquez ici pour voir la quatrième partie

 

 

 

Commentaires (6)

Noureddine (webmestre Nostalgie) -   Sur : TERRE DES HOMMES V
  • 1. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : TERRE DES HOMMES V | vendredi, 25 Novembre 2016

@Bruno
Merci beaucoup l'ami

@Mijo
Pardon je ne sais quoi dire
Cet air musical en dit long
Grand merci à vous

Mijo -  Sur : TERRE DES HOMMES V
  • 2. Mijo - Sur : TERRE DES HOMMES V (site web) | vendredi, 25 Novembre 2016

Nourredine, je suis abasourdie par ce que vous racontez au sujet de si Mohamed ! Comment celà est-il possible ? Une injustice tellement flagrante !
J'ai lu votre texte bouleversant, accompagné de cette belle, triste et superbe musique, et j'en ai eu les larmes aux yeux. Je comprend votre désespoir devant ce qui se passe et je ne sais comment celà finira, hélas ! Vous êtes le gardien de ces lieux, une sentinelle également, un témoignage vivant de ce qui est et qui peut-être (Dieu veuille que non), disparaitra un jour.
Vos photos sont de plus en plus belles, comme si vous vouliez nous faire aimer votre Eden. Vous y réussissez parfaitement, au delà de tout, au point que personnellement, si j'étais plus jeune, je viendrais voir ces merveilles en vrai.
Ne vous découragez pas, les jeunes, comme cet enfant, réussiront peut-être à sauver ce lieu magique.
Toute mon amitié, pour vous et pour ce désert magnifique,
Mijo

Bruno -  Sur : TERRE DES HOMMES V
  • 3. Bruno - Sur : TERRE DES HOMMES V | jeudi, 24 Novembre 2016

Cher ami,ces photos sont remarquables.'Espaces étonnants d'harmonies de formes,lumières couleurs.. votre indignation se comprend c'est tellement injuste!. Espérance que ces jeunes en s'ouvrant à une vie nouvelle gardent l'amour de ces lieux qui leurs appartiennent et dont ils ont connu aussi la dureté.., Merci beaucoup. Amitiés

Noureddine (webmestre Nostalgie) -  Sur : TERRE DES HOMMES V
  • 4. Noureddine (webmestre Nostalgie) - Sur : TERRE DES HOMMES V | jeudi, 24 Novembre 2016

@Georges
Cher ami
Au fait le trépied c'est celui que vous m'avez envoyé et il m'est utile dans quelques occasions, il est vraiment nécéssaire
Cette ville illuminée c'est la ville de Brezina, non ce petit garçon est tres sympathique c'est lui que j'ai pris en auto stop, pet être est-ce la fatigue qui lui donne cet air sévère
Amitiés

@Jean
Merci l'ami et bien à vous

Jean -  Sur : TERRE DES HOMMES V
  • 5. Jean - Sur : TERRE DES HOMMES V | jeudi, 24 Novembre 2016

Cher ami,
C'est avec beaucoup de "sympathie" et de tristesse, que je partage votre indignation pour ce qui est arrivé à Si Mohamed; C'est incroyable!!
Par contre, le courage de ce jeune nomade en quête de savoir, fait mon admiration et redonne un peu d'espoir pour l'avenir....
Merci pour la cinquième partie de Terre des hommes.
Bien amicalement.
Jean.

Georges. S
  • 6. Georges. S | jeudi, 24 Novembre 2016

Je vois que vous êtes bien équipé la tente,le braséro les saucisses cuisent sur la braise et le trépied pour caler les photos
tout est parfait vous êtes prévoyant: un excellent explorateur.je vous remercie de me donner la primeur de vos sites je suis
très touché de cette marque de sympathie.
Les photos comme d’habitudes sont magnifiques , il y a deux jeunes garçons un est souriant mais l’autre il a un regard très
dur.sur un cliché on voit une ville illuminée , mais je ne connais pas , sur un autre le rocher ressemble à une tête de dromadaire
j’ai toujours un immense plaisir à regarder vos reportages qui me font voyager.
amitiés
Georges

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